Chronique Le Vieux Saltimbanque de Jim Harrison

  • Jim Harrison
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Brice Mathieussent
  • Coll. «NULL»
  • Flammarion
  • 07/09/2016
  • 144 p., 15 €
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Michel Loyez Librairie Livresse (Villeneuve-sur-Lot)

« Qui s’intéresse à tes titres de noblesse quand la seule preuve qui vaille est sur la page ? » Le ton est donné. Ce livre vibre de l’élan vital de la poésie, obsession première de cet artiste des mots.

Certains n’y ont vu qu’une pâle redite des thèmes de l’alcool, de la drogue et du sexe dont foisonne l’œuvre d’un auteur « en mal d’inspiration ». Allons voir « sur la page » : inutile de chercher à lire entre les lignes. Jim Harrison est un homme de 75 ans, au bord du gouffre, pleinement conscient de cette situation, fatigué. Mais en écrivain consciencieux qui « ne picolait jamais en écrivant », et qui s’éreinte à l’écriture, il ne bâcle pas. Au contraire il peaufine, se déploie avec son âme de poète et sa lucidité, à jamais le plus touchant et le moins radoteur des testamentaires. Le Vieux Saltimbanque n’est pas un nouveau chapitre de En marge (Christian Bourgois), le narrateur n’est pas celui de En route vers l’Ouest (10/18). Il est au bout de la route, étonné, heureux de tant de connaissances accumulées, de beauté(es) rencontrée(s).Cet « animal humain » « sous la tyrannie du sexe », à qui il n’accorde pas plus d’importance qu’à une mouche, est aussi et surtout écrivain. À l’écriture, dit-il, « il faut y consacrer ta vie entière ». Alors il s’adonne avec jubilation à ce qu’il a décidé d’être, jusqu’au bout, avec les mots les plus justes, les plus beaux, les plus honnêtement harrisonniens. Oui, dans ces mémoires, il aurait été capable de mensonges sur ses proches, mais « par plaisanterie », et c’est là toute son humanité. Rigolard, provocateur, d’une « arrogance originelle », un brin de dérision, ne reniant rien. Forant au plus profond de sa vérité, il nous raconte, en bon Américain, les plaisirs de l’alcool et du sexe, que toutes les péripéties de la vie lui ont offertes. Surtout, lui nous offre ses ultimes magnifiques pages sur les oiseaux, les arbres, l’amitié… Car « Malgré toutes les compromissions de son existence, il s’y tint : même durant ses séjours à Hollywood, il se voua à la poésie ».

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