Chronique Le Magasin des suicides de Olivier Ka, Domitille Collardey

Par Mélanie Andrieu Librairie Sauramps-en-Cévennes (Alès)

« Vous avez raté votre vie ? Avec nous vous réussirez votre mort ! » Tel était le slogan du roman de Jean Teulé, Le Magasin des suicides, sorti en 2007. Le livre fait l’objet d’une double actualité : vous pourrez découvrir son adaptation au cinéma avec le film d’animation réalisé par Patrice Leconte et apprécier sa transposition en bande-dessinée.

Une petite boutique de produits étonnants se démarque des autres. Elle est tenue par la famille Tuvache, qui se démène depuis dix générations pour que sa clientèle puisse choisir la façon de se suicider. Le magasin propose un grand choix de manières de mourir, originales et inventives. Les parents, Lucrèce et Mishima, sont fiers de pouvoir contenter la clientèle… à qui l’on ne dit pas au revoir mais adieu ! Ils sont aidés par leurs enfants, Vincent, renfermé et ingénieux (travaillant sur une maquette de parc d’attractions sur le thème du suicide), et Marilyn, qui se considère inutile et se sent complexée. Chacun d’eux met du cœur à l’ouvrage et s’implique dans l’entreprise florissante. Alan, le petit dernier, est né suite au test de préservatif poreux destiné aux clients voulant mourir par contamination sexuelle. Sa bonne humeur sonne comme une fausse note. Il est joyeux, positif et cela devient contagieux, ce qui n’arrange pas du tout les affaires familiales ! Toutes les tentatives pour le démoraliser échouent, même le stage de commando-suicide à Monaco. Sa joie de vivre va-t-elle se répandre et mettre le magasin en péril ? Les clients vont-ils retrouver le sourire et croquer la vie ? Les réponses se livrent dans cet album original, drôle et touchant. Une idée un peu folle au départ, décalée, qui suscite bien des éclats de rire ! Ne vous y trompez pas, loin d’être une apologie du suicide, voici une œuvre pleine d’humour et d’optimisme !

Jean Teulé a collaboré à L’Écho des Savanes, Hara-Kiri, Charlie Hebdo et a travaillé à la télévision. Il est aujourd’hui un romancier à succès, mais il a fait ses débuts avec la bande-dessinée. Citons notamment Bloody Mary, Gens de France et Gens d’ailleurs. Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps, paru chez Dargaud, avec la complicité au dessin de Florence Cestac, relatait la vie de Charlie Schlingo, poète déjanté et auteur de BD. Delcourt publie ici sa troisième œuvre adaptée en BD. Philippe Bertrand a signé Le Montespan, qui relate l’histoire de ce marquis trompé et qui n’eut de cesse de tenter de récupérer sa femme auprès de Louis XIV. Luigi Critone a quant à lui dessiné Je, François Villon. Jean Teulé s’immerge dans d’autres époques et d’autres univers pour nous proposer une histoire parfois dure et cruelle, mais aussi poétique et touchante. Le jugement est absent, mais la dérision souvent présente. Le Magasin des suicides est son plus gros succès en librairie. Il a été traduit en de nombreuses langues et fait l’objet de pièces de théâtre et de spectacles musicaux. L’auteur ose aborder un thème généralement tabou, et donne libre cours à son imagination. La liberté graphique prise par les auteurs, Olivier Ka au scénario et Domitille Collardey au dessin, se prête bien à ce récit délirant. Les mises en perspective et les jeux de couleurs restituent l’ambiance du roman avec justesse. La famille Adams et l’univers de Tim Burton ne sont pas loin. Cet album est vraiment un bon moment de lecture, à découvrir de toute urgence !

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