Littérature française
Laurent Seksik
Le jour de guerre est arrivé
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Laurent Seksik
Le jour de guerre est arrivé
Gallimard
05/03/2026
118 pages, 17 €
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Chronique de
Pierre-Alexis Nail
Librairie Petites Histoires entre amis (Chennevières-sur-Marne) - ❤ Lu et conseillé par 12 libraire(s)
✒ Pierre-Alexis Nail
(Librairie Petites Histoires entre amis, Chennevières-sur-Marne)
À la veille de la Première Guerre mondiale, Laurent Seksik explore les failles de la mémoire familiale et les ambiguïtés de l’héroïsme dans un roman bref et intense, où l’intime se heurte à la violence de l’Histoire.
À l’été 1914, alors que l’Europe retient son souffle à la veille du conflit, le roman de Laurent Seksik s’ouvre dans un compartiment de train, espace clos propice aux confidences et aux bouleversements intérieurs. Lucien Latour, élève-officier à Saint-Cyr, y entreprend un voyage qui le mène non seulement vers le front, mais aussi vers une remise en question profonde de son passé familial. La figure héroïque de son grand-père, mort en 1870, se fissure peu à peu, laissant apparaître une vérité plus trouble, intimement liée aux heures sombres de la Commune de Paris. Le roman repose sur une construction en miroir particulièrement efficace, faisant dialoguer la guerre de 1870 et les débuts de la Première Guerre mondiale. Ces échos donnent au récit une véritable profondeur : les conflits se répondent, les erreurs semblent se répéter et le poids de l’héritage façonne les consciences. À travers la voix de Chloé, la grand-mère, se dévoile une mémoire longtemps enfouie, douloureuse mais essentielle. Elle incarne une figure féminine forte, lucide face aux ravages de la guerre et à la fragilité des idéaux masculins. Laurent Seksik interroge avec finesse les notions d’honneur, de devoir et d’obéissance. Le grand-père apparaît comme une figure complexe, ni véritable héros ni traître, mais comme un homme pris dans un engrenage qui le dépasse. Cette ambiguïté morale trouve un écho direct dans le trouble de Lucien, contraint de reconsidérer les valeurs qui guidaient jusque-là son engagement. Porté par une écriture sobre, précise et sans pathos, le roman se distingue par sa justesse. En quelques pages denses, il parvient à faire dialoguer l’Histoire et l’intime, offrant une réflexion nuancée et profondément actuelle sur ce que signifie « servir » lorsque les certitudes vacillent.