Dans vos précédents romans, vos héroïnes découvraient le poids de leur héritage. Ici, c’est un peu l’inverse : Lola est dans la transmission avec son fils Ennio. Comment jongle-t-on avec héritage et transmission ?
Olivia Ruiz Je n'ai pas eu besoin de jongler. C'était évident. À 46 ans et en tant que maman, mes préoccupations se transforment et mes inspirations aussi. J'avais l'idée que la maman, bien sûr, soit le vecteur de transmission, mais l'enfant aussi, à sa façon, car il la rapproche de l’essentiel. Comme Lola le dit en s'adressant à Ennio, « les enfants ont beaucoup à nous apprendre, tant et tant à nous transmettre ». Je me suis laissé porter par cette idée, sans pour autant me détourner de mes origines et de l’héritage laissé par mes aïeux, afin de m’orienter vers un nouveau territoire dans lequel m’épanouir différemment. Et je n'ai pu m'empêcher de semer quelques petits cailloux, tel le Petit Poucet, pour le jour où mon enfant tombera sur ce livre.
Vos personnages vont faire un road trip qui les fera passer par Orlando, Essaouira, La Havane ou encore Marseillette. Que représentent ces destinations pour vous ?
O. R. Je connais toutes les destinations que j'ai choisies à l'exception d'Orlando. Orlando s'est imposé lorsqu’en débutant l'écriture, je me suis questionnée sur le lieu que choisirait un enfant si une maman (qui lui fait quitter ses amis et son quotidien) le laissait décider de la première escale. Le mien par exemple ! Évidemment, les parcs d'attractions d’Orlando. Sans l'ombre d'un doute. Et qu’en aurais-je pensé ? J’aurais été désespérée. En deux questionnements, le début du premier chapitre était là. En ce qui concerne La Havane, j'ai vécu là-bas plusieurs mois en 2013/2014 et je suis définitivement amoureuse de cette ville même si je n'y suis jamais retournée. Essaouira ou encore Le Caire sont des villes que j'ai visitées en famille, comme Madrid où je m'étais installée pour passer l'hiver 2025/2026. Quant à Marseillette et son café, ils sont mon ancrage et s'imposent toujours malgré moi dans mes livres. Ils sont fondateurs pour moi, gardiens de ma passion pour l'authenticité et la ruralité de ces si mal-nommés petites gens, particulièrement ceux de ce petit village d'irréductibles Gaulois.
Ce voyage est-il pour Lola un moyen de montrer et de se prouver qu’elle est une bonne mère ?
O. R. Il faut arriver à l’épilogue pour comprendre les vraies raisons de ce départ et il me semble essentiel de les découvrir seulement à la fin du voyage. Toutefois le seul but de Lola est de passer du temps avec son fils et de resserrer leurs liens afin de l’aider à s’épanouir et de créer ensemble de la joie. Elle ne cherche pas à se réparer ni à retrouver confiance en elle pour se sentir bien, elle a pour seule obsession de transmettre le meilleur à son fils. Et sa volonté de mener cette quête à bien va l’obliger à se métamorphoser. En se démenant pour son fils, sans même se chercher, c’est elle-même qu’elle va retrouver, ainsi que ses forces, au détour des chemins et entre autres grâce à l’intelligence émotionnelle de son petit garçon.
Lola est hypersensible, elle est tout le temps « entre les corbeaux et les papillons ». Qu’est-ce que cet état vous permet d’explorer chez elle ?
O. R. Tout d’abord, c’est un trait de caractère que nous partageons Lola et moi, j’ai juste eu à ajuster la position du curseur en fonction de sa vie à elle. Elle peut être tout et son absolu contraire d’un instant à l’autre. Je souhaitais que son passé, ses blessures, sa culpabilité, ses désillusions mais aussi sa capacité d’émerveillement, sa folie joyeuse, son écoute attentive, sa curiosité pour la différence viennent s’entrechoquer pour construire un regard unique sur ce qui l’entoure, tout en contenant suffisamment de caractéristiques universelles pour que chacun s’y reconnaisse, indépendamment de sa propre personnalité. Et avec un tel personnage, je m’ouvrais tous les possibles dramatiquement parlant. En choisissant comme héros une mère hypersensible au bout de sa vie et un enfant canaille et précoce, tout peut arriver !
¡ Vamos ! évoque l’énergie, la spontanéité, la passion aussi, tout en gardant une vraie poésie et douceur. Comment s’est orchestré votre travail d’écriture autour de cette énergie et cette poésie ?
O. R. Je suis musicienne. Pas au sens premier du terme mais, depuis l’enfance, je me suis constituée de rythmes, de climats, d’ambiances, de sons, de voix, de timbres, de silences, d’arrêts, de ralentis, de battements, d’harmonies, d’accélérations… Toutes les œuvres que j’ai créées ont un tempo très régulier que je joue à briser et à reconstituer au fil du récit de façon instinctive. La demi-seconde de rupture non orchestrée, au cours des lectures correctionnelles à voix haute, est un signe qu’il me faut revoir la partition. Je suis quelqu’un de vif, d’intransigeant et qui s’ennuie vite, alors quand je prends beaucoup de plaisir avec mes personnages, je me dis que si je parviens à m’amuser moi, alors d’autres le pourront aussi en me lisant !
Pendant une année sabbatique, Lola va partir avec son fils Ennio à la découverte ou redécouverte d’Orlando, La Havane, Essaouira ou encore de Marseillette. L’occasion pour elle de retrouver certaines traces de son passé, de renforcer la complicité avec son fils aux abords de l’adolescence et de lui apprendre à découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux endroits et ce que représente le voyage pour elle. Ce roman, tout en spontanéité comme l’évoque son titre, ¡ Vamos !, est un petit bonbon d’énergie, de passion mais également de douceur grâce à la poésie de son écriture et de ses personnages qui nous touchent et nous marquent, à l’image de l’hypersensible Lola. Alors préparons les passeports, allons-y !