Dans L'Émerveillement, votre narratrice s'adresse à sa fille et explore les joies et les difficultés de la maternité. Comment ce sujet s'est-il imposé à vous ?
Aurélie Valognes Mon point de départ était d’écrire une lettre à la fille que je n’ai pas eue. Je suis mère de deux garçons et je savais qu’on ne ferait que deux enfants. J’avais donc un deuil à faire de cette fille que j’avais imaginée et ai voulu la faire vivre un peu. Mon idée n’était pas particulièrement de montrer les difficultés ou les joies d’une mère mais la réalité de tout parent. D’ailleurs je ne me considère pas être une bonne mère mais un très bon parent.
Il est aussi question de ce que l'on transmet à nos enfants et de la difficulté de les laisser grandir et partir.
A. V. Le point commun entre tous mes romans, de Mémé dans les orties à ce dernier, L’Émerveillement, c’est la transmission. J’aborde chaque fois la question du partage entre différentes générations et c’est souvent le plus jeune qui enseigne au plus âgé et l’élève. C’est ce qui m’anime, ce qui me semble nécessaire car j’écris chaque roman comme si c’était le dernier, comme si chaque histoire était l’ultime chose que j’avais à dire au monde, à mes enfants aussi. Je n’ai pas peur de voir partir mes fils. Notre rôle est de les écouter, de comprendre leur singularité et ce qui les rend heureux, de les accompagner sur leur chemin, de partager de belles valeurs de respect, de tolérance, d’authenticité et d’utilité, de leur montrer ce qui a du sens, ce qui est important. Et de leur faire confiance.
Dans ce livre, vous portez un véritable engagement écologiste. Était-ce important pour vous de faire passer ce message et d'affirmer un engagement fort ?
A. V. L’idée était de partager, via la fille, Ambre, les valeurs qui me semblent être les plus justes ‒ la protection du vivant, la possibilité à chacun de faire sa part. Je ne cherchais pas à faire un livre militant pour convaincre d’une idéologie. Comme le découvre Camille avec un poème d’Emily Dickinson, l’important ce n’est pas qui on aime (personnes, animaux ou lieux) mais d’aimer. Car c’est en aimant qu’on a envie de protéger et d’être une meilleure personne.
Il y a dans ce roman, de nombreuses références à la poésie et à la littérature, sources de consolation, de réconfort.
A. V. Quand j’ai commencé à écrire L’Émerveillement, j’ai eu besoin de créer un cocon pour moi car le monde extérieur annonçait chaque jour des nouvelles toujours plus effrayantes : guerre, montée des extrémistes, urgence climatique. Alors j’ai voulu proposer une fiction-panier, douce et poétique, sans quête ni réussite pour le personnage principal. Une histoire dans laquelle on se sent bien, coupé du monde. Un récit qui fait réfléchir et répond à la question : la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Reste-t-il des choses qui méritent que l’on se batte pour elles ? Ursula Le Guin parle de philosophie du réconfort. Ce n’est pas ce que je recherche en tant que lectrice : j’aime les livres durs, exigeants, qui me bousculent, mais c’est vrai que la littérature et la poésie en particulier sont des béquilles pour moi, des bouées de sauvetage. On n’est jamais seul avec un livre.
Qu'est-ce qui vous émerveille encore (et toujours) aujourd’hui ?
A. V. La nature et tous ses petits miracles : les saisons et les animaux qui reviennent ; le chant des oiseaux au printemps et la couleur des arbres et de la mer ; les fleurs, les coquillages et les fossiles. Mes enfants et les livres : ils sont toujours une promesse d’émerveillement.
Qu’en est-il de votre projet « La Maison des Écrivaines », cette résidence d’écriture réservée aux femmes dans l’ancienne maison bretonne de Jane Birkin ?
A. V. Très bonne question ! J’ai fait une session test en septembre dernier pour m’assurer du confort des chambres et pour que mon amie cuisinière prenne ses marques. Session dans laquelle j’ai invité cinq femmes que je connaissais et qui avaient un projet d’écriture. Pendant une semaine, nous n’avons fait qu’écrire, parler littérature et s’entraider, sans se préoccuper du quotidien. Elles ont été prolifiques car, depuis, j’ai relu plusieurs manuscrits, les ai aiguillées pour les retravailler et l’une d’entre elles l’a envoyé à des maisons d’édition et a eu plusieurs retours positifs. Son roman sort le 13 mai ‒ Ornella Petit, Le Souffle, aux éditions JC Lattès. La première session officielle de La Maison des Écrivaines se tiendra en mai (les cinq candidates ont déjà été choisies lors de rencontres en librairies) et la deuxième session de 2026 aura lieu en juin (les cinq candidates vont être rencontrées et sélectionnées dans les semaines à venir). J’ai trop hâte. Encore une fois, une histoire de transmission : tout ce qui me tient à cœur !
Camille a fait un bébé toute seule, pas par choix mais parce que l’homme qu’elle aimait est mort en mer alors qu’ils réalisaient un documentaire pour alerter sur l’état des océans. Alors que sa fille Ambre vient de voir le jour, elle lui parle, l’encourage à s’accrocher à la vie. Après une venue au monde compliquée, la mère n’aura de cesse de protéger sa fille, de s’adapter à ses singularités et de l’encourager dans son exploration du monde, même si cela l’amène à finir par voler de ses propres ailes et s’éloigner d’elle. Aurélie Valognes nous revient avec un roman touchant et poétique qui rappelle l’importance de la transmission et porte un message fort qui invite à changer notre regard sur la nature et à s’engager pour la préserver.