Polar
Ian McGuire
White River
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Ian McGuire
White River
Traduit de l'anglais par Sophie Aslanides
Rivages
19/08/2026
330 pages, 21,90 €
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Chronique de
Christelle Georgel
Librairie L'Indépendante (Saint-Gaudens) - ❤ Lu et conseillé par 23 libraire(s)
✒ Christelle Georgel
(Librairie L'Indépendante, Saint-Gaudens)
Ian McGuire nous propose de partir pour la baie d’Hudson et les grands espaces, au milieu du XVIIIe siècle, avec ce très grand roman d’aventures. L’auteur mélange avec brio les ressorts du roman noir et ceux du roman historique (très documenté sur la période) pour une histoire qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.
Passez la magnifique couverture du roman et partez très loin avec des chercheurs d’or peu recommandables, guidés par une famille autochtone, à la recherche d’un mirifique filon d’or. Hiver 1766, comptoir de la Compagnie : quelques colons anglais sont installés dans la baie d’Hudson pour faire notamment le commerce de peaux avec les trappeurs du coin et les Indiens. Durant cet hiver, un colporteur en guenilles débarque au comptoir de la Compagnie avec la promesse d’un mirifique filon d’or, encore plus au nord, au-delà de la White River.
À la seule vue de la pierre présentée par le colporteur, le gouverneur du fort, Magnus Norton, un homme cynique, obsédé par la richesse, décide d’organiser en secret une expédition périlleuse dans cette région pour s’emparer du filon et l’exploiter pour son propre compte. Pour cela, il doit trouver des hommes sûrs : son adjoint – John Shaw, un homme sans foi ni loi –, son neveu – Abel Walker, facile à manipuler – et Tom Hearn – un solitaire, ancien baleinier – ainsi qu’une famille autochtone pour les guider (Datsanthi le chef, sa femme Pawpitch, son fils Nabayah et sa compagne Keasik, la figure féminine majeure du roman). Tous les sept partent dans le Grand Nord, vers la promesse d’un eldorado. Cette promesse sera-t-elle tenue ? À vous de le découvrir, avec ce grand roman d’aventures tout en maîtrise qui maintient le suspense jusqu’à la fin. La grande réussite de l’auteur est d’installer l’histoire petit à petit, tout se dévoile avec parcimonie tout en maintenant un rythme certain avec de nombreux rebondissements et un enchaînement de situations tragiques (rencontres avec des loups, viols, jalousies, trahisons, chirurgie de campagne…). Autant d’images marquantes, difficiles à oublier. Les dangers sont partout, aussi bien du côté des hommes que du côté de la nature – immense, froide, fascinante et hostile. L’histoire est en outre fortement documentée sur la période, le lieu et les autochtones présents sur cet immense territoire. Regarder un atlas est un plus pour situer la baie d’Hudson et ses alentours ; une des plus grandes baies au monde et une des plus au nord. Au final, c’est bien l’homme qui est au cœur du récit : l’auteur dresse un portrait précis et intime de chaque personnage, tout en les laissant évoluer au fil des pages. Il nous amène au plus près des cultures orales autochtones (les Crees, les Dénés et les Inuits), avec quelques immersions du côté du chamanisme. Il décrit aussi la cruauté, l’assujettissement, la violence, les dérives du pouvoir du côté des blancs. Qui d’entre tous les personnages restera lucide ? Qui réussira à se sauver de ce périple insensé ? Une plume fluide et un style immersif font de ce roman une grande réussite et un voyage littéraire dans le Grand Nord. C’est aussi un grand roman sur la cupidité des hommes et un tableau sans concessions de la colonisation, blanche et brutale. Laissez-vous embarquer dans ces contrées lointaines, vous ne le regretterez pas.