Littérature étrangère
Joanna Elmy
Porter la faute
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Joanna Elmy
Porter la faute
Traduit du bulgare par Marie Vrinat
Le bruit du monde
08/01/2026
432 pages, 23 €
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Chronique de
Deborah Vedel
Librairie Les Temps modernes (Orléans) -
❤ Lu et conseillé par
5 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Deborah Vedel de Les Temps modernes (Orléans)
- Dolly Choueiri de Des gens qui lisent (Sartrouville)
- Margot Bonvallet de Passages (Lyon)
- Lucas Alligier de Goulard (Aix-en-Provence)
✒ Deborah Vedel
(Librairie Les Temps modernes, Orléans)
« Si la maternité est le Sacrifice même, être fille, c'est la Faute que rien ne pourra jamais racheter. » Cette citation de Kundera placée en épigraphe introduit parfaitement ce très réussi premier roman bulgare.
Un fait divers comme il en arrive souvent : une jeune femme moldave à bicyclette est renversée sur une route dangereuse des États-Unis. Toutefois, Yana assiste à cette scène qui la marque profondément : étant bulgare, elle appartient à la diaspora d'Europe de l'Est, tout comme la victime. Ainsi débute une exploration intime des vies de trois générations de femmes, Yana, sa mère Lili et sa grand-mère Eva, traversée par une question lancinante : « Combien de filles ont jugé les erreurs de leur mère avant de commettre les mêmes ? ». Eva, qui grandit sous la dictature communiste (1944-1989), est cruellement battue par son mari et maltraitée par sa belle-mère omniprésente, sous les yeux de sa fille qui vivra ensuite le même sort avec son alcoolique de mari. Le diplôme de médecin de Lili n'a pu lui assurer une vie digne, uniquement la pauvreté, la résignation et le sentiment d'être en prison. L'enfance de Yana est marquée par la misère et le manque : après la chute du communisme, les années 1990 étaient en Bulgarie une période de transition où « même les cafards n'avaient pas de quoi manger ». Elle finit par émigrer aux États-Unis, dans l'État du Delaware ‒ un paradis fiscal bien connu ‒ où deux Amériques se côtoient, celle où l'on « meurt d'abondance », où l'opulence croît au détriment de la classe laborieuse et invisible. En cumulant plusieurs jobs dans le secteur du service, s'en sort-elle finalement mieux que les femmes de sa famille ? A-t-elle réussi à briser le cycle de la résignation, se libérer de la culpabilité de rêver plus loin et plus grand ? Avec une force tranquille, étonnante et superbe, Joanna Elmy déploie dans une subtile complexité ces questions universelles, tout en retraçant l'Histoire déchirante de ce pays méconnu des confins de l'Europe.