Littérature française

Charif Majdalani

Le Nom des rois

✒ Aquilina Tannous

(Librairie Goulard, Aix-en-Provence)

« Et d’un seul coup, le monde qui servait de décor à tout cela s’écroula. » Cette phrase inaugurale plante le décor d’un effondrement, celui d’un pays, d’une enfance, d’un rêve. La guerre civile libanaise est évoquée comme une lente descente aux enfers, intime, violente et irréversible, où l’enfance se brise sous le vacarme des armes. Le narrateur grandit entre cartes anciennes et atlas, protégé des réalités du monde. Mais voilà que les atlas ne suffisent plus : le pays sombre, les mœurs se perdent et l’Histoire, jusque-là abstraite, devient une mécanique sordide. L’auteur excelle à saisir ce moment où l’innocence capitule, où le goût pour les antiques empires cède la place à la « violence et la mort ». Chaque page respire une poésie discrète. Ce roman est un apprentissage cruel : celui de voir son pays se dérober sous ses yeux tout en continuant à aimer ce qu’il en reste, malgré tout. Une plongée au cœur du chaos pour mieux en extraire l'humanité.

Les autres chroniques du libraire