Sciences humaines
Claro
Le Feu aux nues
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Claro
Le Feu aux nues
Flammarion
16/09/2026
183 pages, 20 €
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Chronique de
Éric-Michel Tosolini
Librairie Alès Librairie (Alès) -
❤ Lu et conseillé par
7 libraire(s)
- Isabelle Aurousseau-Couriol de de Paris (Saint-Étienne)
- Christelle Chandanson de Elkar (Bayonne)
- Éric-Michel Tosolini de Alès Librairie (Alès)
- Annie-Rose Pichonnier de Ville de Caen (CAEN CEDEX 9)
- Charlotte Desmousseaux de La vie devant soi (Nantes)
- Charles-Henri Bradier de L'Écritoire (Semur-en-Auxois)
- Adèle Ferry de municipales (BMU) (Genève)
✒ Éric-Michel Tosolini
(Librairie Alès Librairie, Alès)
De quoi les liens entre l’écrivain et critique d’art Ruskin et le peintre Turner sont-ils le nom ? Le Feu aux nues est une belle et forte « histoire de fou ». Claro enquête jusqu’au cœur sombre de nos secrets.
Le Feu aux nues commence autour d’un aimable feu de cheminée dans un salon feutré d’un hôtel londonien. Un journaliste mondain interroge le vieux Ruskin, figure morale et intellectuelle de l’ère victorienne, sur la naissance de son admiration précoce et sans failles pour Turner, l’un des plus grands peintres britanniques. C’est alors que Ruskin raconte que, chargé de classer les œuvres de Tuner après sa mort, il découvrit des nus. Scandalisé, l’admirateur transi se transforma subitement en accusateur furieux et décida de les brûler. Il y a dès lors le « feu aux nues » et l’enquête peut commencer. Le diable se cachant dans les détails, Claro va n’en négliger aucun et, avec un malin plaisir, remonter le fil d’un récit aux multiples nœuds. Les liens d’amour-indifférence entre le peintre et le critique, ou le troublant jeu de miroirs inversés de leurs vies et de leurs œuvres, sont décryptés avec une particulière finesse. Mais le poison du puritanisme comme les méthodes perverses de la domination et de la manipulation toxique sont mis au jour avec une tranquille fermeté. Circulant entre les siècles et les œuvres avec une insolente facilité, Claro trouve alors des clés pour déceler, dans la folie purificatrice du censeur face à ces nus, plus qu’un demi-aveu, un vrai mensonge. Et pour l’auteur, un « prétendu culte du beau », pas plus que notre impérieux besoin de respectabilité et de cohérence, ne masqueront jamais le vertige provoqué par la découverte des « carnets secrets » du peintre. « Personne ne peut condamner personne », rappelle d’ailleurs Claro, citant Deleuze. Mais l’œuvre éruptive et solaire de Turner n’est-elle pas pensée dans ces pages comme un puissant antidote au trouble d’un regard qui ne sait plus que convoiter, que se « rincer l’œil » ? Si l’œuvre de Turner joue avec toutes les frontières du visible, n’est-ce pas aussi que pour nous déciller les yeux ?