Sciences humaines

Peter Turchin

Le Déclin des empires

✒ Éric-Michel Tosolini

(Librairie Alès Librairie, Alès)

« Si tout conduit à la guerre, même la paix », il est alors nécessaire de suivre les fortes analyses de l’anthropologue Peter Turchin pour tenter d’en comprendre les raisons. Un livre qui soulève beaucoup de questions.

« Comment une bande d’aventuriers met à genoux un royaume ? » ou, autrement dit, comment naissent et meurent les empires ? Les aventuriers victorieux en question sont les Cosaques à l’ère d’Ivan le Terrible ; le royaume défait est celui des Tatars, descendants de la Horde d’or de Gengis Khan. Nous sommes alors au XVIe siècle, aux confins de l’Oural, aux origines de l’Empire russe. Peter Turchin, en mobilisant d’abondantes ressources littéraires, d’Isaac Asimov à Robert Putnam, analyse ensuite les naissances et les déclins des principaux empires que notre Histoire a connus, jusqu’aux velléités de l’Union européenne d’en devenir un. (La guerre russo-ukrainienne depuis 2022 renforce cette hypothèse.) Clair et documenté, la lecture du Déclin des empires se révèle vite passionnante par la richesse de l’information rassemblée et l’audace de son projet scientifique. En effet, pour Peter Turchin, il s’agit bien de donner à l’étude de l’Histoire les outils nécessaires pour en faire une science : la « cliodynamie. » Déterminé mais lucide sur les difficultés qu’il faudra encore affronter pour porter la science historique au degré de maturité dont jouissent les sciences physiques, l’auteur décortique l’idée de frontière et le concept d’asabiyya. Théorisé par Ibn Khaldoun au XIVe siècle, l’asabiyya désigne la cohésion sociale, l'esprit de corps et la solidarité de groupe fondés sur des liens de parenté ou de clan. Plus vous coopérez, plus votre action rencontrera le succès. C’est ainsi que des aventuriers solidaires, souvent embusqués à leurs frontières, font chuter les empires divisés. L’hypothèse asabiyya reste pour Peter Turchin « un pari raisonnable » et non une explication « monocausale » de la dynamique complexe, sinon chaotique, de l’Histoire. Pour son éditeur français, « les livres trop gros, trop chers, trop risqués sont souvent les plus nécessaires ». La lecture du Déclin des empires est assurément nécessaire.

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