Chronique L'Année du jardinier de Karel Capek

Marion Libouban Librairie Du Contretemps (Bègles)

Les éditions de l’Aube publient en cette fin d'année une version inédite de ce texte culte où Karel Čapek s'adresse aux novices comme aux amoureux du jardinage, un univers foisonnant de drôlerie et de philosophie laissant le temps faire son œuvre. Le livre invite quant à lui à l’évasion entre deux brins d'herbe !

L’auteur tchèque publie en 1929 un texte étonnant dans sa bibliographie – il est surtout connu pour ses textes de littérature de l’imaginaire ; on lui doit notamment le mot « robot ». L’Année du jardinier est d’abord le récit d’une lutte avec les éléments. On y observe un jardinier, comme vous, comme moi, en proie aux saisons qui viennent bousculer son jardin. Il tond, il ratisse, il creuse. C’est infernal, le gazon repousse, les feuilles tombent, les racines prennent leurs aises. Très vite, ce même jardinier contemple et apprend. Il apprend de la nature qui se meut et ne s’encombre pas de questions. Ainsi, le chapitre « Les beautés de l’automne » dit les chrysanthèmes, si beaux et si coriaces, traditionnellement fleurs de mariage avant d’être celles des morts. Ce sont, dit-on, les plus belles de la saison. « Ils sont fragiles et gonflés, légèrement colorés d’une écume blanche ou rouge, transis comme une jeune fille en vêtement de bal. Que dites-vous ? Qu’il y a vraiment peu de soleil ? Qu’un brouillard gris nous étouffe ? Que des pluies brumeuses parcourent notre ciel ? Ça n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est de croître. Seuls les hommes se plaignent du temps ; les chrysanthèmes n’en font rien. » Construit comme un almanach, ce texte ne traite pas de techniques. C’est un petit traité de philosophie jardinière où exigences et impatiences humaines sont gentiment moquées et où l’auteur fait aussi le compliment de la pugnacité des jardiniers et jardinières quand il s’agit de froufrouter leur jardin. On sourit de ses bons mots, de sa bienveillance, de ses sarcasmes et on comprend bien vite qu’il ne s’agit pas uniquement de parler jardinage mais bien du cycle de la vie elle-même, de son tourbillon qui nous ferait presque oublier une chose essentielle : prendre le temps à défaut d’en gagner. La preuve dans le chapitre « Décembre », à la fin de l’almanach : « Eh oui, maintenant tout est fini. Jusqu’à maintenant, le jardinier a bêché, creusé, pioché, bouleversé, fumé, chaulé, répandu sur la terre de la tourbe, de la cendre et de la suie, taillé, semé, planté, repiqué, divisé, enterré des oignons et déterré des bulbes pour l’hiver, humecté et arrosé, fauché, sarclé, couvert les plantes de branchages ou courbé celles-ci vers le sol ; il a fait tout cela de février à décembre et ce n’est que maintenant, après que la neige a recouvert son jardin, qu’il prend conscience d’avoir oublié quelque chose : c’est de le regarder ».

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