Bande dessinée

Camille Jourdy

L’Homme de fer-blanc

✒ Alice Karle

(Librairie Pantagruel, Marseille)

Une petite fille, des vieilles dames délicieuses, une grande maison et une armure mystérieuse : Camille Jourdy est de retour avec une magnifique histoire d’été, de famille et de non-dits. Tour à tour hilarant, poétique et émouvant, son Homme de fer-blanc est notre nouvelle bande dessinée favorite.

« C’est l’été chez les mamies » pour Billie, douze ans, qui aimerait que son père passe un peu plus de temps avec elle, pendant que sa tante essaie de vider la grande maison familiale pleine de souvenirs. Les mamies, ce sont Marcelle et Blanche, inséparables et si drôles, qui ne manquent pas de répartie ni d’idées pour passer un bon été. Elles aiment, entre autres, les réglisses et les glaces, écouter les grillons, observer les hérissons et raconter des blagues.

Celles et ceux qui avaient suivi les enquêtes à tiroirs de Rosalie Blum, les fantômes de Juliette ou les aventures miniatures des Vermeilles vont sauter de joie : toute la fantaisie et la profondeur de Camille Jourdy sont au rendez-vous dans ce nouveau roman graphique. Ses décors d’une douceur infinie, aux lumières changeantes et aux minutieuses inventions, donnent envie de passer des heures dans les pages à explorer cette maison de famille, son jardin et son village au bord de la rivière. Un rideau de perles de bois, des cosses de petits pois au milieu des cartes de tarot, des après-midis à la rivière en attendant que la chaleur tombe : l’atmosphère est douce mais on y entend bourdonner les sujets qui fâchent et qu’on ne nomme pas, les rancœurs ou les attentes qui remontent sur plusieurs générations. Une famille qui s’aime et qui ne le dit jamais, dans laquelle chaque membre se débat avec la mission parfois insurmontable de transmettre la tendresse. Pour Billie, l’apathie de son père est aussi irritante que le drame d’avoir oublié le « bon » maillot de bain.

Les émotions que l’on ne dit pas sont exprimées d’autant plus fort par les gestes anodins des personnages. Vifs et complexes, joyeux et houleux, on les aime tous dès leur première apparition. Si Billie et ses fabuleuses mamies sont au centre de l’histoire, on rencontre autour d’elles un vieux voisin qui déclame du Shakespeare, un oncle inconnu qui habite la plus confortable des péniches, des copains et copines de tous les âges… et même la fameuse Rosalie Blum qui n’en perd pas une miette dans son épicerie-épicentre du village ! On suit tout ce monde dans les après-midis qui traînent, dans les soirées d’été enchantées mais aussi dans des aventures périlleuses au fil de l’eau, avec des feux d’artifices, un fusil disparu… et les frasques du légendaire Homme de fer-blanc, car le suspense n’est jamais loin. Au gré des détails qui font monter le rire aux lèvres ou les larmes aux yeux, on retient son souffle et on savoure chaque page comme un cadeau précieux.

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