Littérature française
Guillaume Chamanadjian
Heureux comme jamais
-
Guillaume Chamanadjian
Heureux comme jamais
Aux forges de Vulcain
13/03/2026
192 pages, 18 €
-
Chronique de
Alice Karle
Librairie Pantagruel (Marseille) - ❤ Lu et conseillé par 12 libraire(s)
✒ Alice Karle
(Librairie Pantagruel, Marseille)
Si l’avenir de l’humanité était entre les mains des pires plouto-techno-phallo-autocrates, aurait-on réellement intérêt à la sauver ? Réponse sous la forme d’une étourdissante cavalcade spatiale !
Noah et son père sont ingénieurs de maintenance à bord du Space Dragon, un vaisseau spatial rempli d’ultra-riches partis coloniser une lune lointaine, laissant derrière eux la Terre qu’ils ont rendue invivable. Persuadés d’être les derniers représentants de l’humanité, ils ont la surprise de recevoir un message provenant de leur ancienne planète : opportunité à saisir pour rentrer au bercail ou piège créé sur mesure ? Le mystérieux message va mettre le feu aux poudres et faire éclater les dissensions à bord du vaisseau de luxe, tandis que la terraformation annoncée prend du retard. Au milieu des rixes et des mesquineries, qui d’autre pour réparer, prévenir et arbitrer que la jeune Noah, pleine de bon sens et d’outils adaptés ? Guillaume Chamanadjian tire à boulets rouges sur les puissants, les technocrates et les snobs, tous plus affreux et mégalos les uns que les autres. La captivité du voyage spatial, même transformée en exubérante croisière tout confort, ne tire pas le meilleur de cette crème de la crème terrienne. Entraînés dans une cascade de rebondissements, de catastrophes et de coups bas, l’héroïne et son père sont les seuls à relever le niveau, aidés dans toutes leurs tâches par BINS-42, une IA qui n’a pas dit son dernier mot et semble dotée d’une agentivité particulière. Le roman est court, intense à tous points de vue et porté par une bande-son impeccable. L’humour est omniprésent et certains dialogues font rire tout haut, mais il sera dur de s’en tirer sans une larme. Ces 192 pages résonnent comme un hommage au meilleur de la SF anti-capitaliste et déroule, entre deux péripéties explosives, une réflexion fine sur l’espoir et le libre-arbitre. Dans une période de pessimisme écologique et politique, que demander de mieux à la littérature de l’imaginaire ?