Entretien Héritage de Miguel Bonnefoy

Après que la crise du phylloxera a détruit leurs vignes, la famille Lonsonier quitte le Jura pour le Chili. Nourries de deux cultures, tiraillées entre deux continents, les générations de cette famille atypique se succèdent et affrontent la grande Histoire dans une atmosphère aussi épique que magique.

Comment est né ce roman ? Est-ce un projet que vous portiez en vous depuis longtemps ?

 

Miguel Bonnefoy - L’idée de ce livre est née lors de la tournée promotionnelle de mon précédent roman. Quelqu’un m’a demandé lors d’une rencontre à Sète « Monsieur, si votre père est chilien, pourquoi votre nom est français ? ». Je lui ai répondu que je venais d’une vieille famille jurassienne qui avait émigré au Chili au XIXe siècle. Le lendemain, en marchant dans le cimetière marin parmi les morts, errant parmi les sépultures, j’ai repensé à cette vieille histoire familiale et je me suis dit qu’il fallait peut-être écouter ses morts, tendre l’oreille aux ancêtres. J’ai appelé mon père et je lui ai demandé de me raconter cette aventure extraordinaire des Français au Chili et il m’a dit°: « L’histoire est fascinante car elle montre pour une fois des Français en tant que migrants et j’ai toujours rêvé de commencer un livre avec cette histoire du puits d’eau ». Lorsqu’il me l'a racontée, je l’ai trouvée tellement belle que je lui ai volé cette idée et cette scène ouvre le premier chapitre du livre. Le roman est donc né le jour où les vivants se sont tus et où les morts m’ont parlé.

 

Parlez-nous de votre galerie de personnages.

M. B. - J’ai voulu mêler dans une même constellation des personnages tantôt tirés de ma réalité familiale, tantôt de la fiction, tantôt de l’Histoire. Je voulais créer une sorte de tresse où toutes ces silhouettes s’entremêlent, s’entrechoquent, cohabitent entre elles. Des personnages d’origines différentes mais qui partagent un héritage commun, où les uns inspirent les autres. Les éléments issus de ma mythologie familiale (comme Ilario Da) sont encadrés par des éléments fictionnels (comme la volière) et des éléments historiques (comme le personnage de l’aviatrice inspiré par Margot Duhalde) dans une sorte de grand foyer, celui d’une histoire réelle où des personnages de sources différentes se rejoignent finalement dans un même fleuve.

 

Pour ce roman, vous avez fait le choix d’une écriture et d’une narration inventives, allant de la classique saga familiale au réalisme magique.

M. B. - Avant d’écrire une partition, il est souvent question de trouver l’air. Il en va de même pour l’écriture d’un livre. Il est d’abord question de trouver le ton, de trouver cette petite musique qui va te suivre durant toute l’écriture du roman, page après page, dans un équilibre fragile que tu cherches à ne pas rompre. Tu avances dans le texte comme un funambule, en t’assurant de ne pas basculer d’un côté ou de l’autre. Ce ton du livre, j’ai été heureux de pouvoir l’installer dès les premières lignes en essayant de donner au roman une sorte d’aspect légendaire, à mi-chemin entre la saga familiale et le merveilleux. Sans tomber dans la magie à la Garcia-Marquez, il s’agissait au contraire de pouvoir installer le livre avec des ancrages historiques solides, précis, et des éléments réels qui ballottent et taillent le livre, en resserrant la narration afin d’être sûr de ne pas la laisser partir dans tous les sens. En somme j’ai fait ce que font tous les écrivains : transformer l’histoire en récit.

 

Le titre du livre, Héritage, désigne la thématique la plus forte du roman. Comment avez-vous abordé cette notion de transmission, ainsi que celle de la double appartenance culturelle et nationale ?

M. B. -  Je voulais exhumer l’histoire des Français au Chili dont je suis un des descendants. Je ne voulais pas faire un essai généalogique ou avoir une sorte d’archive du passé ou pire, me lancer dans une autofiction où je me mettrais en scène. En choisissant le roman, je voulais faire œuvre d’écrivain, raconter une histoire ou je puisse sans honte, choisir, styliser, annexer, rebondir et me donner la liberté de pouvoir éliminer certains passages de la réalité, en ajouter d’autres pour pouvoir refaire une histoire et non pas copier la réalité mais l’exprimer. En somme, ce roman « pur » montre le portrait d’une famille franco-chilienne ballottée entre deux cultures, deux peuples, qui est dans ce dilemme de n’appartenir ni à l’un, ni à l’autre. Dans ce livre, il y a cent ans, quatre générations, deux guerres, une dictature, un exil. C’est l’histoire des migrations mais aussi l’histoire de deux pays que tout sépare mais qui pourtant se rejoigne dans un même héritage.

Guillaume Chevalier Librairie Mot à mot (Fontenay-sous-Bois)

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