Littérature française
Juliette Oury
Brûler grand
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Juliette Oury
Brûler grand
Les éditions de l’Observatoire
09/01/2026
220 pages, 21 €
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Chronique de
Dolly Choueiri
Librairie Des gens qui lisent (Sartrouville) -
❤ Lu et conseillé par
7 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Hélène Menand de du Parchamp (Boulogne-Billancourt)
- Deborah Vedel de Les Temps modernes (Orléans)
- Maria Ferragu de Le Passeur de l'Isle (L'Isle-sur-la-Sorgue)
- Dolly Choueiri de Des gens qui lisent (Sartrouville)
- Gwennaig Loy de La Maison des feuilles (Draveil)
- Valérie Rochette de Un monde à soi (Roanne)
✒ Dolly Choueiri
(Librairie Des gens qui lisent, Sartrouville)
Dans ce deuxième roman de Juliette Oury, au titre poétique et percutant, il est question du burn-out, de notre rapport au travail, de ce feu qui nous brûle, nous fait vibrer, avancer et qui finit par nous consumer.
Il faut le dire tout de suite : les premières pages donnent au lecteur la sensation d’étouffer, comme étouffe Émilie, la narratrice de ce roman, avant de s’écrouler. Substitut du procureur, elle est vissée chaque minute de la journée à ses téléphones de travail. Impossible de rater un appel sauf quand elle y est contrainte et forcée. Au début du roman, après une chute due à son épuisement, son médecin l’oblige à rejoindre un centre de repos pendant une semaine. Là-bas, elle devra apprendre à se réparer et à accepter qu’elle fait un burn-out, le mal réservé à ceux qui se livrent corps et âme à leur travail, devenus accros à ces shoots d’adrénaline qui finissent par les laisser exsangues et démunis. Autour d’elle, une galerie de personnages dont beaucoup de femmes : toutes, de la directrice du centre aux autres patientes, sont venues interroger leur rapport au travail, à la productivité, au multitâche et à tout ce qui nous enchaîne. Chacun a ses raisons d’être là. Un peu comme dans un roman choral, le lecteur suit leurs trajectoires et leurs déroutes, leurs fragilités, leurs dénis et leurs renoncements. Ce qu’on perçoit aussi dans ce texte, c’est la difficulté pour les personnes qui suivent cette cure d’avouer leur dépendance. Remettre nos modes de vie en question est le vrai sujet de l’autrice : elle met le doigt sur le vide que masquent ces agendas remplis à ras bord, ce que cela raconte de notre rapport, pas seulement au travail, mais au monde. Une thématique très forte, extrêmement actuelle, servie par un texte percutant dont l’écriture épouse le propos. Et malgré ce sujet, douloureux au premier abord, le texte joue beaucoup avec l’humour et l’autodérision et offre d’autres perspectives, lumineuses, comme un endroit pour se rencontrer et parler.