Littérature française
Gaspard Kœnig
Aqua
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Gaspard Kœnig
Aqua
Les éditions de l’Observatoire
09/01/2026
446 pages, 23 €
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Chronique de
Katia Leduc
Librairie L'Embarcadère (Saint-Nazaire) - ❤ Lu et conseillé par 14 libraire(s)
✒ Katia Leduc
(Librairie L'Embarcadère, Saint-Nazaire)
Gaspard Kœnig, après son roman Humus, poursuit son exploration des quatre éléments en s’attaquant cette fois-ci à un bien commun et fragilisé : l’eau. Une satire politique et sociale tout en panache !
Dans le petit village normand de Saint-Firmin, les élections municipales se préparent. Martin Jobard, enfant du pays, neveu du maire actuel et haut fonctionnaire à Paris en mal de reconnaissance, a besoin d’une victoire à un scrutin local pour relancer sa carrière. Sa promesse de campagne inclut le rattachement de la source La Maline à l’intercommunalité. Ce projet suscite la controverse : Maria, la propriétaire de l’épicerie La Lanterne, très attachée à cette rivière et à son histoire, se révolte contre cette intention et décide, poussée par sa bande d’amis, de se présenter à son tour aux élections. Le combat est âpre, fait de coups bas, et nous entraîne avec un cynisme sans pareil dans les coulisses et rouages du monde politique, l’absurdité administrative française nourrie par des institutions hors-sol. Gaspard Kœnig allie sa trame romanesque haute en couleur à des considérations documentées sur le cycle de l’eau et la gestion des bassins aquifères, le réchauffement climatique, les crises qui en découlent et leurs possibles résolutions. Il nous rappelle surtout l’importance de cet élément indispensable. On retrouve avec plaisir les personnages déjà évoqués dans Humus et de nouveaux venus : une préfète inflexible, une hydrogéologue qui, tel le personnage de Cassandre, prédit et invective en vain, un ministre de l’Écologie à côté de la plaque… Bref, un entrelacs de personnalités qui donnent vie à un roman quasi sociologique qui remet en question l’organisation du collectif et explore avec ironie les failles d’une société engoncée dans les batailles de pouvoir et une bureaucratie kafkaïenne. Le sacerdoce de la fonction de maire est aussi mis en lumière. Jubilatoire et instructif, ce regard sur les travers de notre système nous invite à faire communauté et mieux saisir les enjeux électoraux à venir.