Littérature française

Michaël Dichter

Lauréat prix Page des libraires 2026

Entretien par Salomé Fauvel

(Librairie Nouvelle Librairie Baume, Montélimar)

Michaël Dichter est le lauréat du prix Page des librairies 2026, décerné par un jury de lecteurs et de professionnels du livre présidé par Camille Laurens, lauréate 2025. Il signe avec On l’appelait Bennie Diamond, paru aux éditions Les Léonides, un premier roman immersif et romanesque, idéal pour l’été !

Votre roman a été soutenu très tôt par les libraires du réseau Page et reçoit aujourd’hui le prix Page des libraires. Qu’est-ce que cette reconnaissance, portée directement par les libraires et les lecteurs, représente pour vous ?

Michaël Dichter – C’est une émotion immense parce qu’un premier roman existe d’abord grâce aux libraires. Ce sont eux qui prennent le risque d’un auteur inconnu, qui défendent un livre par conviction, avant même qu’il ait trouvé ses lecteurs. Recevoir un prix porté directement par eux a donc quelque chose de très intime et très fort. Et puis il y a aussi l’idée de transmission. On l’appelait Bennie Diamond parle beaucoup de ce qui circule entre les générations, des histoires qu’on se transmet parfois sans mots. Voir aujourd’hui le livre voyager de main en main grâce aux libraires et aux lecteurs est probablement la plus belle récompense possible.

 

On l’appelait Bennie Diamond est votre premier roman, très vite remarqué par les lecteurs comme par les professionnels du livre. Comment vivez-vous cet accueil ?

M. D. – Avec énormément de gratitude et aussi un peu de vertige. Quand on écrit un premier roman, on le fait longtemps seul, dans une forme de silence. On espère simplement que quelque chose de personnel pourra devenir universel pour d’autres. Ce qui me touche le plus aujourd’hui, ce sont les retours des lecteurs sur la question de l’héritage, de la famille, des silences transmis. Beaucoup me disent : « Ce n’est pas mon histoire mais je reconnais quelque chose de la mienne ». Et je crois que c’est là que le livre trouve vraiment sa place.

 

Ce roman raconte une ascension sociale dans un milieu très codifié. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer cet univers du diamant à Anvers ?

M. D. – Je viens d’une famille liée au diamant depuis plusieurs générations. Mon grand-père a travaillé toute sa vie dans ce milieu et j’ai grandi entouré de récits, d’anecdotes, de codes que je ne comprenais pas encore complètement enfant, mais qui me fascinaient déjà. Le diamant m’intéressait moins pour sa valeur que pour ce qu’il révélait des rapports humains : la transmission, le pouvoir, la loyauté, la réputation. C’est un univers très fermé, presque théâtral, où la parole donnée pouvait autrefois valoir davantage qu’un contrat. C’était un décor extrêmement fort pour raconter une histoire de famille et de filiation.

 

Bennie est un personnage ambitieux, tiraillé entre fidélité à ses origines et désir de réussite. Comment avez-vous construit cette tension intérieure ? Pour vous, est-ce plutôt un roman sur l’ambition ou sur la transmission ?

M. D. – Je crois que c’est avant tout un roman sur la transmission. Bennie pense d’abord qu’il cherche la réussite mais, au fond, il cherche surtout une forme de légitimité : comprendre qui il est, ce qu’il hérite de sa famille et ce qu’il peut en faire. La tension du personnage vient de là : il comprend très tôt que devenir soi implique toujours une perte. S’il reste fidèle à son milieu, il se trahit un peu. S’il s’en éloigne, il blesse ceux qu’il aime. Ce tiraillement-là me semblait profondément humain.

 

Avant d’être auteur, vous êtes scénariste et réalisateur. Qu’est-ce que l’écriture d’un roman vous a permis d’explorer différemment ?

M. D. – Le cinéma et le roman ne permettent pas la même intimité. Le cinéma est un art du regard, du mouvement, du collectif. Le roman, lui, autorise le silence, les contradictions intérieures, les zones floues. Pour cette histoire, j’avais besoin de temps. De pouvoir entrer dans la mémoire des personnages, dans leurs pensées, dans ce qu’ils taisent. Le roman m’a permis d’explorer cette matière plus intérieure, plus secrète, que le cinéma oblige souvent à transformer en action ou en dialogue.

 

Vous décrivez un milieu très particulier, à travers une famille, une communauté et une époque. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre documentation, recherches et romanesque ?

M. D. – Une partie du livre vient d’un matériau très vivant : des souvenirs familiaux, des récits entendus depuis l’enfance, une atmosphère que je connaissais intimement. Mais il y a aussi eu un vrai travail de recherche, notamment sur l’évolution du diamant à Anvers, les ateliers, la Bourse, les codes religieux et sociaux de l’époque. Cela dit, je n’ai jamais voulu écrire un livre documentaire. Le romanesque reste toujours au centre. Le diamant, la communauté, l’époque : tout cela n’est qu’au service des personnages et de leurs émotions. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était la manière dont les êtres se construisent dans un héritage qu’ils n’ont pas choisi.

 

À propos du livre :

À Anvers, dans les années 1970, Bennie délaisse la synagogue pour se tourner vers l’univers fascinant et codifié des diamantaires. Indocile et audacieux, il cherche à tracer sa propre voie, tiraillé entre loyauté et héritage familial. Sous le nom de Bennie Diamond, il apprend la taille des pierres et s’impose peu à peu dans ce milieu fermé, de la Bourse aux bureaux feutrés. Des années 1920 aux années 1980, ce roman d’apprentissage déploie une fresque familiale où se mêlent transmission, ambition et mémoire, en faisant dialoguer les destins de Bennie et de son grand-père. À travers eux, c’est toute une époque qui se dessine, dans un récit ample et immersif, porté par un vrai sens du romanesque.

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