Littérature étrangère
Gary Shteyngart
Vera dans son monde
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Gary Shteyngart
Vera dans son monde
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Stéphane Roques
L'Olivier
03/04/2026
208 pages, 22 €
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Chronique de
Sandrine Babu
Librairie L'Instant (Paris) -
❤ Lu et conseillé par
3 libraire(s)
- Madeline Roth de L'Eau vive (Avignon)
- Sandrine Babu de L'Instant (Paris)
- Margot Bonvallet de Passages (Lyon)
✒ Sandrine Babu
(Librairie L'Instant, Paris)
Vera dans son monde ou l’Amérique telle qu’on ne la souhaite pas. On retrouve Gary Shteyngart, son style mordant qui n’exclut pas une touche d’émotion et son talent pour disséquer les travers de l’époque.
C’est le sixième livre de l’auteur qui a notamment écrit l’excellent Lake success. Dans un New York légèrement futuriste et dystopique, aux policiers surarmés, aux dérives autoritaires et racistes, à la désinformation grandissante et où il est notamment question d’instaurer un amendement donnant plus de poids aux « Américains d’exception » lors des élections, on peut comprendre la propension de Vera, 10 ans, à l’anxiété, d’autant plus que ses parents, très politisés, sont au bord du divorce et que la compétition scolaire est exacerbée. Alors elle a ses méthodes pour ne pas y succomber : son Journal des choses qu’elle ne connaît pas encore, sa recherche d’amies, son intelligence et ses bons résultats à l’école, la complicité avec son père, son jeu d’échecs Kaspie, intelligence artificielle à qui elle se confie souvent. Dans sa vie, une personne est cruellement absente : sa « vraie maman » d’origine coréenne. La relation avec sa belle-mère, maman Anne, est compliquée. Elle jalouse son petit frère parce qu’il est « le jambon dans le sandwich » de ses parents biologiques et qu’elle se sent exclue de leur relation. Elle s’inquiète des activités secrètes et des fréquentations de son père, « tellement de gauche que c’en est difficile à concevoir », s’improvise en espionne et le roman se teinte alors d’une ambiance à la John le Carré. On s’attache très vite à Vera, qui ne manque pas de ressources et dont la quête d’identité la mènera plus loin que ce qu’elle aurait imaginé, donnant lieu à des rebondissements dignes d’un thriller dans la dernière partie du roman. C’est brillant, politique, intimiste. Les relations familiales sont décrites avec humour et profondeur. Tous les personnages sont présentés avec leurs failles, leurs contradictions et les dialogues fusent. C’est parfois un peu trop foisonnant mais on en redemande !