Chronique Un thé pour Yumiko de Fumio Obata

  • Fumio Obata
  • Traduit de l’anglais par Isabelle Torin
  • Coll. «Coll. « Bayou »»
  • Gallimard
  • 24/10/2020
  • 156 p., 22 €

Samuel Vidal Librairie Maison du Livre (Rodez)

Récit subtil et mélancolique, Un thé pour Yumiko explore avec justesse les thèmes universels que sont le deuil et l’identité, à travers la perte d’un être cher et le retour aux sources d’une jeune femme en proie aux incertitudes de son existence.

Expatriée à Londres depuis de nombreuses années, Yumiko est une jeune femme d’origine japonaise ayant fait le choix de vivre pleinement son indépendance et sa passion pour le graphisme, loin du carcan et des stéréotypes de sa patrie natale, où l’image de la femme libérée et entreprenante suscite encore de nombreuses réticences au sein même du modèle familial. Totalement intégrée à la société occidentale, Yumiko est parvenue à se créer un équilibre professionnel et sentimental, jusqu’au jour où elle reçoit un appel de son frère cadet demeuré au Japon, lui annonçant de décès de leur père lors d’une excursion d’alpinisme. Les premiers instants du choc dissipés laissent alors place à une errance spirituelle qui voit s’entrechoquer les souvenirs de la jeune femme, puis le brusque retour auprès de sa famille. De l’étonnement tout à fait occidental devant le manque de réaction de Yumiko, au comportement si typiquement japonais, empreint d’une discrète pudeur où traditionalisme rime avec pragmatisme, c’est tout le panorama des différences culturelles entre son pays natal et sa patrie d’adoption qui se déroule. Celle-ci se remémore ainsi son précédent retour au pays et les instants passés en compagnie de son père, ouvert d’esprit mais néanmoins désireux de voir Yumiko rentrer dans le moule. Elle évoque aussi les retrouvailles avec sa mère, femme d’avant-garde qui lui aura inspiré son désir d’épanouissement professionnel, et décrit les funérailles, où la famille du défunt entend respecter la tradition, même si celle-ci n’est que façade. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une façade incarnée par un masque qui dissimule nos émotions et notre identité. À l’image du fameux masque figé et des gestes extrêmement codifiés caractéristiques du théâtre Nô, reflet poétique d’une société dont les nuances subtiles échappent souvent aux étrangers. En apparaissant sans cesse aux yeux de Yumiko – jusque dans ses rêves – comme une allégorie du rôle que chacun est amené à jouer, parfois au détriment de sa propre personnalité, la représentation du Nô alimentera ses questions introspectives et l’accompagnera au fil de son parcours, lui infligeant appréhension et doutes, jusqu’à ce que le masque tombe et que les émotions surgissent. Une fois la digue cédée, il sera temps d’accepter le deuil… et de s’accepter soi-même. Tout aussi expatrié que son héroïne, Fumio Obata est un jeune auteur japonais présent sur la scène de l’animation et du multimédia depuis plusieurs années. Il s’est d’abord fait remarquer par son travail sur des courts-métrages avant de se lancer dans la bande dessinée. Avec Un thé pour Yumiko, il signe sa deuxième BD après L’Incroyable Histoire de la sauce soja (La Pastèque, 2011). Introspection et sensibilité sont au cœur de ce récit délicat, parfaitement mis en valeur par un dessin à l’aquarelle qui pose une ambiance chaleureuse et apaisante.

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