Dossier Les Somnambules de Christopher Clark

  • Christopher Clark
  • Traduit de l'anglais par Marie-Anne de Béru
  • Coll. «Coll. «Au fil de l'histoire»»
  • Flammarion
  • 28/08/2013
  • 668 p., 25 €

Gilda Alvarez Librairie Sauramps (Montpellier)

Ce titre, tiré du célèbre récit autobiographique de Maurice Genevoix, ouvre une voie à nos déambulations historiques parmi la foisonnante production de ces derniers mois. Les désastreuses conditions de vie des poilus dans les tranchées, particulièrement meurtrières les premiers temps de la guerre, en sont le sujet principal.

Avançons donc, comme ces somnambules, vers l’origine de ces conflits où la légèreté des uns, l’irresponsabilité de certains, les petites ambitions mesquines des autres ont permis le déclenchement des hostilités. Le livre de Christopher Clark est en tout point formidable, car il éclaire les raisons du conflit. Il démontre comment les rivalités coloniales, les poussées nationalistes et, bien sûr, la crise balkanique se sont combinées entre elles. Ajoutons à cela les pressions politiques et diplomatiques exercées sur les hommes de pouvoir, hommes avant tout, c’est-à-dire souvent déstabilisés par des enjeux qui les dépassent. La géopolitique n’est pas en reste et les détails de l’histoire, d’anecdotes en faits avérés, produisent un ensemble de récits palpitants qui se lisent comme un roman policier. Nicolas Offenstadt et André Loez, deux historiens spécialistes de la période, proposent un livre, carnet du centenaire sobrement intitulé La Grande Guerre. Véritable encyclopédie raisonnée permettant une progression aléatoire et riche, l’ouvrage est parsemé de documents iconographiques choisis avec discernement. Décliné en neuf thèmes de recherches et d’explorations, le livre restitue des témoignages qui montrent crûment l’ampleur mondiale de cette guerre. Ce livre est un bel objet à la réalisation soignée grâce à ses images rares et ses sujets un peu décalés, qui offrent un panorama ouvert et varié de la guerre. La publicité s’immisce partout en tous temps et en tous lieux, tel un vecteur de communication ou de propagande efficace et mobilisatrice. Le thème de la guerre ne fait pas exception à la règle et c’est tout à fait joyeusement que l’album de Didier Daeninckx, La Pub est déclarée (Hoëbeke), convie à arpenter les sentiers publicitaires du conflit. Plutôt réussis et sans doute vendeurs, relatifs à un pays en proie à des privations essentielles, ils rivalisent d’ingéniosité, de créativité, de slogans chocs, d’images fortes dessinées ou peintes. Grâce aux remarques d’une jeune dactylo qui nous fait découvrir ces nouveaux moyens de communication, on assiste à la transformation du spectacle du quotidien en puissance de vente. Quelques exemples pris au hasard du livre décrochent rires ou amusements : « L’aspirine sans adjuvant allemand », « Lip Lip hourra ! La montre de la victoire », « Urudonal pour le front (qui guérit à peu près tous rhumatismes, gouttes, aigreurs, artério-scléroses) », etc. On n’imagine pas à quel point l’humour peut dire l’état d’esprit de l’époque : « Je suis une brave poule de guerre, je mange peu et produit beaucoup ». Ils nous disent aussi parfois la naïve disposition à exacerber la fibre patriotique. Celui-là, par exemple : « Souvenez-vous, rien d’allemand !!! Rien des Allemands. » Les lettres des poilus sont nombreuses et sans doute leur recension est-elle encore incomplète. Elles émaillent le récit de la Grande Guerre et lui donnent une dimension humaine qui, au-delà de l’émotion naturelle, apporte un matériau particulier de compréhension. Parcourons ces si sensibles et attachantes lettres que Renefer (Raymond Fontanet) écrivit à sa fille Raymonde, affectueusement appelée « belle petite monde ». Elles sont indissociables des aquarelles qu’il peint dans les tranchées. La subtilité des textes et des dessins tend à restituer des moments simples et délicats, qui font que le fil ténu de la vie n’est pas rompu. Le récit manuscrit de ce qu’il voit et vit ne se veut pas traumatisant, mais il n’enjolive pas la réalité de son quotidien et prépare sa petite fille à sa mort probable. Il en réchappera pourtant et vivra jusqu’en 1957 : « Hélas beaucoup de nos petits soldats dorment pour toujours dans la terre de France… Les petites fleurs des champs poussent sur leur tombe et les décorent. [...] Quand tu seras grande et que tous les ans on fêtera la gloire et la bravoure de nos soldats, tu penseras à toutes ses petites croix éparses dans les champs, elles sont le gage de ton bonheur à venir. »

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