Chronique Dictionnaire amoureux du journalisme de Serge July

David Piovesan Librairie Au temps retrouvé (Villard-de-Lans)

L’élégance de la plume de Serge July confère à cet ouvrage des qualités que l’on trouve rarement dans un banal dictionnaire.

Renonçant à composer un dictionnaire sec et faussement objectif, Serge July, dont on connaît par ailleurs le parcours de journaliste et de directeur du journal Libération, revient sur ses expériences personnelles et professionnelles, ses rencontres, ses enthousiasmes et ses désillusions. Il émaille quantité d’articles réunis au sein de ce volume de souvenirs et de témoignages qui permettent de saisir les sujets traités dans leur intimité, d’en dévoiler la face obscure et les aspects cachés. Naturellement, le journal Libération occupe une place privilégiée tout au long de ces pages. Mais les multiples références à la vie de l’auteur tombent toujours remarquablement justes. Ce dictionnaire amoureux aux entrées insolites (on lira par exemple, avec stupéfaction, l’article consacré aux bidonnages) n’est nullement destiné aux seuls étudiants en journalisme. Car Serge July apporte un éclairage sur trente ans de vie politique et de relations entre médias et société. Il décrit les heures de gloire du journalisme de presse et de radio, le poids des clichés photographiques – à cet égard, l’article sur Robert Capa est une merveille –, l’arrivée d’Internet et son impact sur le métier, les relations de connivence entre pouvoir et médias – le chapitre « Connivence » est, en l’espèce, un bijou d’analyse. Il dessine également le portrait d’hommes et de femmes qui ont compté, comme Cartier-Bresson, Beuve-Méry, Cavanna, et bien d’autres. C’est donc là que ce dictionnaire amoureux prend tout son sens. Dépassant le simple recensement de définitions, Serge July nous emporte avec lui dans une histoire sociale et politique des dernières décennies, assumant pleinement le rôle qu’il a pu y jouer. On ressort de cet inventaire à la Prévert avec le sentiment d’avoir appris quelque chose sur notre monde et l’envie (n’est-ce pas l’essentiel ?) de mieux le comprendre. En nous se confirme alors le désir de ne plus subir, mais de s’interroger sans cesse sur les conditions de production de l’information.

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