Votre roman s’ouvre comme un polar à la Raymond Chandler : un détective privé reçoit la visite d’une mystérieuse cliente. Sauf que votre Philip Marlowe a les canines bien aiguisées et sa cliente d’étranges pouvoirs. Pouvez-vous nous présenter Max et Najwa ?
Myriam Dahman Mon roman repose sur deux héros et deux voies narratives. Mon envie est née au départ autour du personnage de Max, un détective vampire. Je voulais jouer avec tous les codes du roman noir, notamment le détective sarcastique blasé, en poussant ces clichés à l’extrême avec une intention humoristique. Comme c’est un vampire, cela me permettait d’aller à fond dans le côté noir et gothique. Le second personnage, Najwa, est une sorcière. Elle apparaît comme l’élément déclencheur de l’intrigue puisqu’elle apporte l’affaire à résoudre. Mais on sent assez vite qu’elle a un secret. Tout le jeu du roman est de découvrir pourquoi elle met son nez dans cette affaire qui, a priori, ne devrait pas la concerner.
Quel est le pouvoir de Najwa ?
M.D. J’avais envie de créer une magie sensorielle, un peu particulière. Il existe trois types de sorcières : celles qui touchent au passé, celles qui perçoivent le présent à travers les émotions et les pensées, et celles qui entendent l’avenir. Najwa est une sorcière du passé : elle ne perçoit que ce que son corps ressent, notamment à travers ses mains.
Quelle affaire réunit Max et Najwa et les amène à enquêter ensemble ?
M.D. J’ai trouvé amusant de construire l’enquête comme un roman policier, à la manière d’un Cluedo : un vol mystérieux et toute une galerie de suspects. L’affaire porte sur le vol du sang primordial, le sang du tout premier vampire. Dans mon univers, il est essentiel puisqu’il permet aux vampires de perpétuer leur lignée. Ce qui rend l’enquête particulièrement difficile, c’est que ce sang est réputé impossible à voler. Il est protégé par un mécanisme magique qui détecte les intentions : quiconque tente de le voler ou de le détruire est immédiatement bloqué. Je voulais créer cette tension : comment un objet réputé inviolable a-t-il pu disparaître et surtout pourquoi ? L’association entre Max et Najwa est elle-même étrange car les vampires et les sorcières ne se côtoient plus depuis des siècles. Après de petits arrangements remontant à des temps immémoriaux, leurs relations ont dégénéré et Najwa soupçonne très fortement les vampires d’être à l’origine de la chasse aux sorcières. Elle sait aussi que ce n'est pas du tout une bonne idée de traiter avec les vampires et qu’il vaut mieux s’en tenir éloigné. Mais elle le fait malgré tout et l’on découvre progressivement pourquoi.
La mécanique de votre récit est particulièrement ingénieuse et réussie.
M.D. Le roman est divisé en plusieurs parties qui jouent avec les points de vue. Dans la première, on suit Max à la première personne. On découvre l’enquête à travers son regard de détective vampire. La deuxième partie bouscule complètement la narration : on passe dans la tête de Najwa et on retourne dans le passé. On comprend alors les raisons de ses actes, son histoire personnelle et le sens de nombreux détails qui pouvaient paraître étranges auparavant. Enfin, la troisième partie reprend le fil chronologique de l’enquête jusqu’au dénouement final, en alternant les points de vue des deux personnages.
J’ai beaucoup ri quand Fleur explique que les vampires sont de piètres écolos. Vous prêtez à vos personnages, Max, Najwa, Violette ou Fleur, des réflexions très actuelles.
M.D. Même si le roman relève de la fantasy urbaine avec son souterrain magique, il se déroule dans notre société et aborde les questions qu’on peut se poser à 20 ans, notamment à travers Najwa et son amie Violette, dont je préfère ne pas trop parler pour éviter de spoiler. Et Fleur est un personnage avec lequel je me suis beaucoup amusée. Je l’ai imaginée comme une sorte de vampire woke. Elle fait contrepoint à Max, beaucoup plus désabusé. J’aimais jouer sur ce contraste et aborder des sujets qui me tiennent à cœur avec humour, sans jamais donner de leçon. Je voulais simplement qu’ils émergent naturellement à travers les personnages, leurs discussions et leurs visions du monde.
Il paraît qu'autrefois, vampires et sorcières concluaient régulièrement de petits arrangements. Mais depuis des siècles, les sorcières ont disparu. Max Blackwood, détective-vampire au trench-coat fatigué, avait depuis longtemps rangé leur existence au rayon des légendes urbaines. Jusqu’au jour où débarque dans son agence Najwa Ben Mesloub, une sorcière qui lui tend une intrigante carte de visite et lui propose un marché : enquêter ensemble sur le vol d’un calice dans lequel palpite le sang de la toute première créature vampirique. Quand la fantasy urbaine rencontre le polar : une enquête haletante, rythmée et pleine d’humour. À croquer à pleines dents !