Chronique Un garcon comme vous et moi de Ivan Jablonka

Emmanuel Vacher Librairie L'Affranchie (Lille)

Dans cet ouvrage hybride, l’historien Ivan Jablonka, auteur de Laëtitia et Des Hommes justes (Points), investit sa vie de garçon comme terrain de recherches pour mieux comprendre son parcours déroutant dans la masculinité. Un parcours qui fait figure d’exception, même s’il confirme la règle.

Au demeurant, il s’agit d’une autobiographie. Ivan Jablonka la construit en interrogeant les grands axes de la construction du genre chez les individus : la vie de famille, l’éducation parentale, l’instruction scolaire et militaire, l’impact de la culture et les interactions sociales. Il se dessine en filigrane l’enfance heureuse d’un garçon dans les années 1970. Celle d’un aîné d’une fratrie de deux enfants issus d’une famille juive, « au schéma globalement patriarcal », mais à l’éducation ouverte. D’ailleurs, l’hérédité familiale s’impose à celui qui semble porter « la charge de l’exigence parentale et […] la mémoire familiale », caractéristique des aînés. Ses grands-parents paternels sont morts pendant la Shoah. Très jeune, l’auteur est marqué par ce récit qui lui donne un besoin aigu de légitimité. Il la trouvera notamment dans sa réussite scolaire et son parcours académique, dans les institutions les plus prestigieuses du pays où il a été couronné de succès. Culturellement, le jeune garçon n’échappe pas à l’influence de la culture de masse. Il trouve, dans les dessins animés de l’émission Récré A2, les jeux vidéo et le sport, des sources d’évasion et d’identification. Le «°catéchisme laïque » dont Goldorack, Space invaders ou le football étaient les vecteurs, seront aussi autant d’occasion à ce « garçon sans arme » de trouver ses repères parmi ses congénères. Enfin, socialement, la personnalité de l’auteur, ajoutée à la synthèse de ce qui précède, offre le spectacle de relations amicales et sentimentales aussi riches qu’uniques. Ainsi, on lit le portrait d’une originale simplicité d’un garçon cisgenre qui se reconnaît dans son genre biologique de naissance, et hétérosexuel. Un jeune urbain qui n’a pas échappé aux dictats socioculturels imposés à son genre, mais dans lesquels il ne s’est pas toujours retrouvé en tant qu’individu. Amoureux de l’amour, il a aimé avec douceur et respect. Social, il n’a toutefois jamais eu l’attirance pour les errances narcotiques de son époque. Érudit, il trouvera dans les lettres l’émancipation et la réussite qu’il cherche pour s’affirmer. Finalement, l’historien propose une « socio-histoire de [sa] garçonnité ». Ici, son parcours de vie est bien un prétexte pour permettre à son lectorat de lire la méthode utilisée par les sciences sociales pour comprendre les genres. De là, oui, une autre définition de la masculinité est possible au XXIe siècle. Son témoignage n’est (malheureusement) pas universel, il ouvre la porte.

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