Chronique L’Anniversaire de Kim Jong-Il de Aurélien Ducoudray, Mélanie Allag

Morgane Kerlero du Crano Librairie L’Atelier d’à côté (Paris 20e)

Le 16 février est une date importante pour Jung Sang. C’est son anniversaire, mais c’est surtout celui de son leader bien-aimé, Kim Jong-il ! Du haut de ses 8 ans, sa vie lui semble idyllique. Pourtant, le masque de cette société modèle va brutalement se fissurer. Bienvenue en Corée du Nord !

La Corée du Nord, c’est le paradis, sans aucun doute. Nul besoin de réfléchir : la patrie compte plus que tout, plus que soi, plus que la famille. Le leader communiste, Kim Jong-il veille sur le peuple et indique qui représente le mal et qui représente le bien. C’est simple, il a réponse à toutes les questions. C’est à travers les yeux d’un fervent partisan que l’on entre dans ce récit. Un tout jeune partisan puisqu’il s’agit de Jung Sang, 8 ans, chef des jeunesses patriotiques de son quartier. Il vit heureux, entouré de sa grande sœur et de ses parents. Que ce soit dans les journaux ou à l’école, on assiste à la mystification des ennemis : les chiens d’Américains et les fantoches du Sud. Avides de pouvoir et d’argent, ils sont enragés, inhumains, et n’ont aucunes valeurs. Le monde est donc pourri et un seul pays résiste encore et toujours, la Corée du Nord. Une imagerie impressionnante est mise en place. Les braves de la Nation sont des soldats morts pour la patrie, comme Ri Su Bok. Véritable héros de propagande, ce soldat s’est courageusement sacrifié au combat pour permettre la victoire. La manipulation est omniprésente, tant dans l’espace professionnel qu’intime, car elle touche tous les médias (télévision, journaux, bandes dessinées, affichages publics). Malgré des difficultés quotidiennes grandissantes et la famine qui menace, Jung Sang ne cesse de croire en un avenir radieux. Pourtant, punition, terreur et délation n’épargnent personne. Après une tentative ratée pour s’enfuir en Chine, Jung Sang et sa famille sont envoyés dans un camp de travail. Il y découvre l’enfer. Le froid, le manque de nourriture et la peur permanente auront peu à peu raison de ses certitudes. Aurélien Ducoudray, ancien journaliste reporter et auteur de nombreux documentaires, évoque la Corée du Nord, du milieu des années 1990 jusqu’au début des années 2000. Généralement perçue comme un pays opaque aux mains d’une famille de cruels dictateurs, la situation de ce pays demeure obscure et suscite bon nombre de fantasmes. Ce sont les illustrations de Mélanie Allag qui accompagnent et incarnent les mots d’Aurélien Ducoudray. Si on la connaît dans la presse et dans l’édition jeunesse, c’est une surprise de la retrouver ici. Et quelle bonne surprise ! Son trait réaliste apporte une grande expressivité aux visages. Les couleurs froides sont savamment utilisées pour faire ressortir le rouge, couleur évidemment emblématique du communisme. C’est la question de l’éducation qui est posée dans cet album. En suivant le quotidien de Jung Sang, nous saisissons pourquoi cet enfant est autant attaché à son leader et les raisons pour lesquelles il ne remet jamais rien en question. Assister par exemple à l’exécution publique d’une voleuse n’est pas choquant pour lui et ses camarades. Il faut suivre les règles. Le moindre écart mène à une punition, aussi terrible soit-elle. Depuis son plus jeune âge, Jung Sang vit dans une propagande mensongère et avilissante. Pour en sortir, il est nécessaire de déconstruire ses schémas de pensée, avant de se reconstruire.

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