Littérature française
Mordre le réel
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Ananda Brizzi
méduse-moi
Seuil
16/10/2026
120 pages, 15 €
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Dossier de
Sarah Gastel
Librairie Adrienne (Lyon)
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Irene Solà
Bèstia
Traduit du catalan par Edmond Raillard
Seuil
16/10/2026
84 pages, 14 €
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Dossier de
Sarah Gastel
Librairie Adrienne (Lyon) -
❤ Lu et conseillé par
2 libraire(s)
- Coralie Sécher de Coiffard (Nantes)
- Christelle Chandanson de Elkar (Bayonne)
✒ Sarah Gastel
(Librairie Adrienne Lyon)
Avec « Pierres vives », les éditions du Seuil inaugurent une nouvelle collection consacrée à la poésie, avec deux voix singulières, l’une française et l’autre étrangère : Ananda Brizzi et Irene Solà.
Alors que la vitalité de la poésie contemporaine se manifeste plus que jamais sur les scènes ouvertes et les festivals, dans les revues confidentielles et les maisons d’édition, comme un laboratoire d'hybridations et de résistance, les éditions du Seuil s’inscrivent dans ce dynamisme et font entendre deux poétesses pour qui l'exigence de la forme s’entrechoque avec l'urgence du politique, entre tendresse et sauvagerie. Dans Bèstia, Irene Solà, révélée par son roman Je chante et la montagne danse (2022, Seuil) questionne le corps et la féminité, l’enfance, la figure paternelle inquiétante. Le corps souvent animalisé – « le vilain petit canard de mon ventre », « les tripes comme des serpents » – raconte son histoire souvent marquée par la friction : « On m’a arraché comme un oignon », ses mains « manipulaient ma tête comme une moissonneuse ». Choc qu’adoucissent un présent amoureux, un sentiment d'appartenance aux lieux, entre Catalogne et Sardaigne, et l'imprévisibilité de certains vers comme « Dehors la nuit est obèse/et nous, nous sommes comme du jambon blanc ».
Avec méduse-moi, où les mots semblent naître d’eux-mêmes tant ils sont organiques au texte, Ananda Brizzi explore radicalement, sous le patronage de la figure de la Gorgone, les violences faites aux femmes. On peut lire « je grandis avec un cadavre dans le ventre » ou « tu me pèses de ton poids d’homme ». Elle décortique aussi les espaces incertains où l'identité chancelle, traversée par les métamorphoses, les douleurs mais aussi par l’amour : « j’apprends être et avoir je les récite dans ma tête ils font partie/de ma nuit/ils sont ensemble/indissociables/pourtant quand j’essaie d’être je n’ai plus grand-chose et/quand j’ai je ne suis plus autant ». Le poème comme « manière de tenir debout » que les lecteurs recueillent avec gratitude.