Littérature étrangère

A.G. Roemmers

Le Mystère du dernier Stradivarius

MG

✒ Mélanie Gaudefroy

(Librairie Un livre sur l'étagère, Châteaubourg)

En imaginant le destin d'un violon incroyable, A.G. Roemmers place le pouvoir de la musique au cœur d’un roman mêlant les genres. Que nous soyons amateur de musique classique ou non, nous ne pouvons qu'être touchés par les destins sur lesquels le prodigieux instrument influe.

De nos jours, un meurtre dans un quartier riche d'Areguà au Paraguay. L'enquête est confiée à duo d'enquêteurs assez dépareillé, dont l'association donne une impression d'incongru. Les deux hommes découvrent une demeure contenant la collection d'art, impressionnante, du propriétaire de la maison, d'origine allemande. Aucune trace de violence n'est relevée, sinon celle exercée sur l'une des deux victimes. Peu habitués à ce genre de cas et n'ayant pas connaissance de la réelle valeur de ce qu'ils ont découvert, les inspecteurs tâtonnent avec le peu de moyens dont ils disposent. En parallèle de cette enquête nous est contée l'histoire d'un violon. LE violon. L'ultime création d'Antonio Stradivari, son chef-d’œuvre, capable de produire un son si pur qu'il en serait presque surnaturel. Il faut être attentif aux mains entre lesquelles passe l'instrument : autant il bouleverse et attire quand il est en lumière, autant son prestige peut faire plonger dans de sombres desseins. La musique et la réputation du violon créent de splendides rédemptions, alors que sa valeur peut pousser à de bien vils actes.

Ainsi, il traverse plus de deux siècles d'Histoire, principalement en Italie. Plus d'un retournement de situation attend les nombreux protagonistes, ce qui rend le récit passionnant. Au gré des possédants, nous plongeons dans des milieux sociaux et des périodes historiques variés : d'un couvent vénitien à l'orchestre de Verdi, des sphères anarchistes milanaises à l'ascension de Mussolini, pour s'attarder sur les fureurs nazies. Nos enquêteurs, l'un idéaliste, l'autre fidèle à sa hiérarchie corrompue, seront les derniers à pouvoir décider du sort de cet instrument.

L'alternance entre présent et passé qui se prolonge jusqu'à la fin du roman, jusqu'à ce qu'un ultime personnage nous révèle les pièces manquantes du puzzle. Si l'écriture est fluide, ponctuée de dialogues, ce roman est plein de sous-entendus et de liens à démêler. Aucun des personnages n'est manichéen ou grandiloquent. L'auteur sait distiller la dose de romanesque nécessaire pour nous faire rêver tout en décrivant la nature humaine de façon réaliste. On pourra se douter de la façon dont le violon est lié à l'enquête qui ouvre le roman. Mais ça n'est finalement pas le plus important. À l'intar de 555 d'Hélène Gestern, Le Mystère du dernier Stradivarius est un roman intrigant et plein de charme, qui nous emmène loin, dans le passé, au cœur de la musique et des passions insensées qu'elle peut susciter.

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