Chronique La Fabuleuse Histoire de l'invention de l'écriture de Silvia Ferrara

Romain Laferté Librairie Lamartine (Paris)

Alors que l'écriture n'a pas encore soufflé ses 6 000 bougies, la philologue italienne Silvia Ferrara nous annonce la disparition très prochaine de ce qu'elle considère, comme beaucoup d'autres, comme la plus belle invention du monde.

Avec 7 000 langues parlées dans le monde, l'écriture semble être devenue, telle leur ombre, l'outil le plus approprié pour les accompagner à travers les âges. Nombreux sans doute se souviennent de cette affirmation lapidaire contenue dans leur manuel d'Histoire : l'écriture est inventée en Mésopotamie au IVe millénaire avant notre ère. Or l'écriture est le fruit d'un processus de création particulièrement long, sinueux et suffisamment instable pour que nombre d'entre-elles finissent par tomber dans l'oubli. D'autres, au terme de combats pluriséculaires sans merci, parviennent à s'extraire de cette marmite en ébullition pour régner en maître et s’offrir le luxe d'être couchée sur cette page. S'il est vrai que l'apparition de l'écriture concorde avec la naissance de l’État bureaucratique, la philologue nous dévoile que cette règle n'est pas communément admise pour l'ensemble des écritures et qu'une autre raison explique ces créations multiples. Bien plus qu'une nécessité, l'écriture est le résultat d'un besoin biologique : la nouveauté. Curiosité et nécessité créent un cocktail explosif qui va permettre à l'humanité d'entrer dans une nouvelle ère. Au-delà des trois principales écritures que sont l'alphabet, le hiéroglyphe et l'idéogramme, nous partons au cœur d'un voyage artistique haut en couleur, du rongorongo de l'île de Pâques à l'alphabet codé d’Hildegarde de Bingen, en passant par la Crète, île méditerranéenne prolifique qui va voir naître pas moins de quatre écritures dont le fameux disque de Phaistos. Mais c'est au détour d'une non-invention, le quipu inca, matérialisé par un enchevêtrement coloré de nœuds de laine d'alpaga, que l'on mesure la fragilité de l'écriture. C'est dans un style oral, comme un pied de nez à son œuvre, que l'auteure nous ouvre les yeux sur ce que l'on ne retiendra probablement que comme un épiphénomène.

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