Littérature étrangère
Trente ans aux lisières de l'Amérique
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Callan Wink
Les Braconniers
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Lederer
Albin Michel
29/04/2026
272 pages, 21,90 €
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Dossier de
Aquilina Tannous
Librairie Goulard (Aix-en-Provence) - ❤ Lu et conseillé par 11 libraire(s)
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Bret Anthony Johnston
La Lumière et les Ténèbres
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Charles Bonnot
Albin Michel
29/04/2026
386 pages, 22,90 €
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Dossier de
Aquilina Tannous
Librairie Goulard (Aix-en-Provence) - ❤ Lu et conseillé par 14 libraire(s)
✒ Aquilina Tannous
(Librairie Goulard Aix-en-Provence)
À l’heure où la collection « Terres d’Amérique » célèbre ses trente ans, elle continue de cartographier les marges du rêve américain. Les romans de Callan Wink et Bret Anthony Johnston nous entraînent vers des paysages où la beauté se mêle à l’inquiétude, et où les vies cherchent obstinément leur chemin dans un monde vacillant.
Chaque saison de la collection « Terres d’Amérique » rappelle combien les paysages racontent les êtres. Cette année, deux romans en offrent une illustration particulièrement saisissante. Dans Les Braconniers de Callan Wink et La Lumière et les ténèbres de Bret Anthony Johnston, les grands espaces américains ne se contentent pas d’accueillir les récits : ils les façonnent. Ils impriment leur rythme aux existences, leur rudesse aux destins, jusqu’à devenir les témoins silencieux de vies aux prises avec des forces qui les dépassent ; la pauvreté, la foi, la violence ou cette part d’inconnu que l’on nomme parfois le destin.
Dans les montagnes du Montana, Thad et Hazen avancent comme ils peuvent depuis la mort de leur père. Le braconnage leur offre de quoi survivre, mais chaque saison les entraîne un peu plus loin sur une ligne de crête où se confondent nécessité et renoncement. Callan Wink connaît intimement cette Amérique des lisières, celle des vallées isolées et des hivers qui durent longtemps. Son roman possède la rugosité des paysages qu’il décrit. Pourtant, sous la tension du récit affleure une émotion plus discrète : celle de deux frères qui tentent de préserver ce qui les relie dans un monde qui se dérobe lentement sous leurs pas.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le Texas du début des années 1990, Bret Anthony Johnston s’empare de la tragédie de Waco pour explorer une autre forme d’enfermement. Au sein d’une communauté religieuse retranchée derrière ses croyances, Jaye et Roy s’aiment tandis que grandissent autour d’eux la peur, l’emprise et les certitudes absolues. Johnston aurait pu se contenter de raconter un épisode dramatique de l’histoire américaine. Son ambition est ailleurs. Son regard se pose sur les êtres avant les événements, sur les failles qui rendent les promesses irrésistibles, sur le besoin d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi lorsque le monde semble vaciller.
Entre ces deux livres circule une même interrogation : comment continuer à avancer lorsque l’horizon se rétrécit ? Les frères de Wink comme les jeunes personnages de Johnston cherchent une issue, une lumière, une manière d’habiter le monde malgré ce qui les entrave. Leurs chemins diffèrent, mais une même vulnérabilité les traverse.
C’est sans doute là que ces deux romans se rejoignent le plus profondément. Ils donnent à voir une Amérique éloignée des récits héroïques, peuplée de femmes et d’hommes qui tentent de sauver quelque chose d’eux-mêmes parmi les décombres de leurs espérances. Une Amérique inquiète, fragile et intensément humaine, que la collection « Terres d’Amérique » continue de révéler avec une fidélité remarquable.