Ecrivains voyageurs Clément Baloup à Taïwan...

Illustration de Clément Baloup à Taïwan...

.. nous raconte les coulisses de l'écriture de sa bande dessinée Les Mariées de Taïwan, publié le 4 janvier 2017 aux éditions La Boîte à bulles.
 

« Pourquoi aller importuner ces pauvres gens ? Qui êtes-vous pour prendre la parole sur un sujet si sensible ? » Ces questions, que j'ai souvent entendues sous des formes plus ou moins explicites, sont des défis qui ont croisé la route de la série de mes romans graphiques Mémoires de Viet Kieu. Des réponses argumentées et pédagogiques, j'en ai. Mais si je fais mon examen de conscience, ma réponse est simple, presque puérile. Mon moteur est la colère. La colère née du sentiment d'injustice. Au collège, la partie de mon manuel d’Histoire consacrée à l'Indochine française se limitait à une demi-page. Pas assez pour répondre aux nombreuses questions sur le destin tourmenté de ma propre famille venue du Vietnam pendant la guerre. Plus tard, quand j'entends que la communauté vietnamienne a majoritairement immigré aux États-Unis pour se gaver d’American way of Life, le rêve américain, dans mon esprit, cela entre en collision avec les images d'archives montrant un peuple déchiré par l'arrivée des troupes de l'oncle Sam.


 

« « Mon moteur est la colère. La colère née du sentiment d'injustice. Au collège, la partie de mon manuel d’Histoire consacrée à l'Indochine française se limitait à une demi-page.» »

 

Comme un défi aux bribes d'informations, à l'imaginaire commun, et surtout aux sentiments étouffés des Vietnamiens de la diaspora, je me suis lancé dans des recherches. D’abord dans mon entourage et en France (Quitter Saigon), puis aux Etats-Unis. C'est justement en Amérique, pendant l'enquête qui allait devenir Little Saigon, que l’on m'a parlé de la marchandisation des femmes vietnamiennes en Asie : des hommes venant chercher des jeunes épouses pour les ramener chez eux, en Corée, en Chine, à Taïwan. C'est justement à Taïwan, la « Belle île », où le phénomène s'est le plus développé. C'est ainsi que j'ai choisi ma prochaine destination.

Avec l'aide de quelques contacts locaux, j'ai entrepris mes préparatifs. Le Bureau français de Taipei a immédiatement adhéré au projet, et ma candidature pour Hors les murs Stendhal a été sélectionnée. C'était le sésame. Tout s'est enchaîné très vite. Soudainement, j'étais à Taipei. Il a fallu trouver les contacts des personnes à interviewer, les traducteurs, des spécialistes sur le sujet… À travers tout le pays. Sans l'aide financière de Hors les murs Stendhal, c'eût été impossible.

Taïwan est véritablement une belle île et les gens y sont charmants et ouverts. Mais j'ai découvert aussi une partie obscure et dérangeante de cette société à la fois si moderne et si traditionnelle.

Je sais que cela ne me vaudra pas que des amis, le sujet est polémique.

En ce qui me concerne, je ne peux qu'essayer d'apporter un soin particulier à la véracité des histoires racontées, et un respect profond aux personnes impliquées qui ont décidé de se confier à moi. Les femmes rencontrées m'ont accordé leur confiance, m'ont raconté les tours cruels que le destin leur a joué, et m'ont expliqué leur combat pour avoir le droit de divorcer, de travailler, d'avoir des papiers... Ce travail sur le terrain m'a permis d'entrevoir ce qu'elles ont réellement vécu. Elles furent traitées comme des esclaves, des marchandises. Pas seulement par des hommes, mais par un système. La colère à nouveau.

Après cette expérience, j'ai voulu raconter ces Mariées, mais sans les exposer frontalement, alors l'écriture a pris un tournant fictionnel, onirique. Un moyen de dessiner les épreuves. Mais aussi l'espoir.

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