Jeunesse

Charles Dutertre

À la recherche des souris fromagères

Entretien par Gwendoline Delaporte-Danel

(Librairie Le Méandre, Meudon)

Premier essai réussi en tant qu’auteur-illustrateur pour Charles Dutertre, heureux papa de Papa Gouda ! Nous retrouvons son humour et sa fantaisie aussi bien dans les mots que dans les images. Un album dans la digne lignée de La Famille souris de Kazuo Iwamura et des Onze chatons de Noboru Baba.

 

Commençons par un petit trait d’humour : votre amour pour le fromage a-t-il été le déclencheur de ce livre ?

Charles Dutertre C’est une des choses qui m’a le plus intéressé dans ce livre : pouvoir parler du fromage dont je suis un grand amateur. Je suis même un fervent défenseur de la raclette toute l’année ‒ on est peu nombreux ! C’est aussi une sorte d’hommage à mes fromages préférés (ndlr : tous les souriceaux portent un nom de fromage) et à ceux qui en raffolent !

 

C’est la première fois que vous travaillez en tant qu’auteur et illustrateur.

C. D. J’ai beaucoup travaillé en tant qu’illustrateur sur des albums de commande, sans forcément en rencontrer les auteurs. J’ai aussi travaillé en binôme avec Vincent Cuvellier tout d’abord. Depuis une quinzaine d’années, je travaille avec Alex Cousseau aux éditions du Rouergue. Je suis d’ailleurs à l’origine de pas mal d’albums que nous avons réalisés ensemble. Mon truc, c’est de changer d’univers et de dessins pour chaque livre, chercher de nouveaux territoires graphiques. J’avais aussi envie d’écrire des histoires, ce qui n’était pas évident pour moi. Allais-je réussir à dessiner et écrire à la fois ? Je me suis lancé avec Papa Gouda. Il a onze enfants ‒ heureusement, je n’en ai que trois ! Il doit s’occuper de toute la tribu pendant que maman Gouda est partie à un colloque de fromagers. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’il se rende compte que Chabichou du Poitou a disparu. Ils partent alors à sa recherche qui est l’enjeu du livre. J’ai trouvé délicieux d’inventer ces dix souriceaux !

 

Parlez-nous de votre processus créatif.

C. D. Pendant tout un été, j’ai fait des croquis dans un carnet et j’écrivais le texte sur des post-it. S’il ne me plaisait plus, j’avais juste à réécrire une nouvelle phrase. Je me suis aussi inspiré de petits événements vécus lors de l’écriture. J’ai été réveillé une nuit par un drôle de bruit, le son d’un hibou petit-duc, raison pour laquelle l’histoire débute avec des chouettes et des hiboux. J’ai commencé le récit sans en connaître la fin : j’aime bien partir à l’aventure ! J’ai du apprendre à redessiner des souris car, ayant fait plusieurs albums avec des personnages de souris, je voulais que celles-ci aient leur singularité. J’ai fait un Papa Gouda assez simple à dessiner. Ma marque de fabrique reste le travail au trait. Je serais même tenté de rester sur le noir et blanc mais la couleur égaie les albums pour enfants. Je suis parti sur une seule couleur, le jaune, celle des volets de ma maison ! Pour la première fois, j’ai entièrement travaillé à la main, le trait et la couleur, pour pouvoir dessiner partout, même dans le train.

 

Avez-vous des habitudes de travail, une drawing routine ?

C. D. Mon credo, c’est de dessiner tout le temps : je dessine même de plus en plus ! Malgré les années de pratique, je ne peux m’empêcher de dessiner toute la journée, un peu partout, sauf quand je suis aspiré par mes travaux de jardin ! Quand je dessine, je tente d’oublier mes références : j’espère que ce Papa Gouda a sa singularité ! J’adore le détail, remplir l’espace tout en faisant un travail sur moi-même pour être plus économe en termes de dessin. J’ai fait les beaux-arts et suis un grand amateur d’art contemporain. Les objets sont ma grande source d’inspiration et mon atelier ressemble énormément à mes illustrations. Je travaille dans le silence : je supporte juste les ronflements de mon chien !

 

Reparlons cuisine pour finir : pourquoi ces souris font-elles une tarte aux pommes et pas une tarte au fromage ?

C. D. C’est une très bonne question ! J’adore aussi les tartes aux pommes, c’est ma grande spécialité. Il y a aussi un menu que j’adore au mois de janvier, la raclette des rois : une raclette suivie d’une galette, je conseille !

 

 

Papa Gouda gère d’une main de maître sa souricière et ses onze souriceaux. Onze, vraiment ? Mais où est passé Chabichou du Poitou ? C’est le début d’une drôle d’expédition pour retrouver le fromageon manquant. Au fil de rencontres improbables, d’une pause bien méritée au restaurant « À la bonne bave » et d’une journée riche en rebondissements, ces petites créatures fatiguées retrouveront-elles Chabichou ? Quel plaisir de tourner les pages de cet album à la fabrication soignée et du même format que le remarqué L’Étoile de Mo ! Vous ne vous lasserez pas de sourire de plaisir en découvrant les museaux de ces héroïnes et de leur père au nom inoubliable !

Les dernières parutions du même genre