Polar
Au cœur des tempêtes islandaises
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Ragnar Jónasson
Hulda
Traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaün
Éditions de La Martinière
13/03/2026
352 pages, 21,90 €
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Dossier de
Nathalie Sarles
Librairie Paroles (Saint-Mandé) -
❤ Lu et conseillé par
1 libraire(s)
- Nathalie Sarles de Paroles (Saint-Mandé)
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Eva Björg Ægisdóttir
Avant que tombe la nuit
Traduit de l'islandais par Ombeline Marchon
Éditions de La Martinière
20/02/2026
386 pages, 21,90 €
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Dossier de
Nathalie Sarles
Librairie Paroles (Saint-Mandé) -
❤ Lu et conseillé par
6 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Pascale Poisson-Boulgakoff de Petites Histoires entre amis (Chennevières-sur-Marne)
- Élodie Ressayre de Les Lisières (Villeneuve-d'Ascq)
- Amandine Guichon de L'Odyssée (Vallet)
- Nathalie Sarles de Paroles (Saint-Mandé)
- Émeline Poirel de Lo Païs (Draguignan)
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Yrsa Sigurdardóttir
La Proie
Traduit de l'islandais par Catherine et Véronique Mercy
Actes Sud
04/02/2026
312 pages, 22,80 €
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Dossier de
Nathalie Sarles
Librairie Paroles (Saint-Mandé) -
❤ Lu et conseillé par
3 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Armelle Majouga de François Rabelais (Gennevilliers)
- Nathalie Sarles de Paroles (Saint-Mandé)
✒ Nathalie Sarles
(Librairie Paroles Saint-Mandé)
Restons encore un peu, en ce début de printemps, dans des décors enneigés, éblouissants et sombres. Disparitions mystérieuses, secrets de famille, fantômes, femmes meurtries : trois auteurs talentueux du polar islandais nous plongent dans l'hiver du Grand Nord avec des intrigues surprenantes et glaçantes.
L’Islande sait raconter des histoires. Depuis le XIIe siècle, lorsque la Norvège s’empare de l’île, Eddas (récits mythologiques nordiques), sagas, contes se lisent ou se disent au coin du feu et dans tous les événements importants. La littérature permet de conserver la mémoire des peuples et c’est en 1955 que le monde découvre ce territoire riche de cultures ancestrales grâce au prix Nobel de littérature décerné à Halldór Laxness. Dignes descendants de ces Vikings sensibles aux mots et aux intrigues, les auteurs de polars islandais sont aujourd’hui partout reconnus. Arnaldur Indriðason (avec la série du commissaire Erlendur, entre autres) est le grand frère de cette génération douée qui ne cesse de nous enchanter, ou plutôt de nous inquiéter, avec ses enquêtes prenantes, ancrées dans des paysages âpres et magnifiques.
Nous connaissons déjà Hulda, personnage principal de la trilogie de La Dame de Reykjavik écrite par Ragnar Jónasson. Avec ce préquel, Hulda, retour dans les années 1980 où l'enquêtrice, déjà discrète mais obstinée, est envoyée dans le Nord du pays pour une disparition d'enfant ayant fait la une de tous les médias vingt ans auparavant. Tout commence en 1960 à Reykjavik (très bon prologue) : une nuit de Noël à l'ambiance chaleureuse, Emma est dans son bain, le bébé dort, Atli sort récupérer des choses dans sa voiture, il se sent heureux. Mais à son retour c’est le cauchemar. 1980. Un ours en peluche, montré à la population lors des premières recherches, est retrouvé par une femme dans le pavillon de pêche d’un hameau au nord de la capitale. Hulda et sa jeune coéquipière Álfrún logent chez une des familles de la bourgade. Lors d'une tempête nocturne, un autre meurtre est commis. Les questionnements intimes de Hulda, son désir pour Ísak, le fils de ses logeurs, ses problèmes de couple, l'inquiétude pour sa fille Dimma restée avec son père sont semés dans ce paysage blanc et font résonner avec force le dénouement surprenant de l’affaire. Jónasson sait nous atteindre avec des problématiques profondes où les femmes tiennent une place importante, chacune avec ses ressentis et son histoire. Et il ne s'agit pas alors de comprendre, de juger ou de pardonner : pour l'avocat de formation, il est nécessaire de savoir dévoiler ce qu'on ne veut pas voir et entendre.
Cet auteur qui sait parler des femmes nous conduit vers deux autrices. Eva Björg Ægisdóttir tout d'abord, qui nous régale régulièrement avec les enquêtes d’Elma. Celle-ci n’apparaît pas dans Avant que tombe la nuit où, comme chez Jónasson, un mystère de disparition se dessine sur plusieurs périodes. Deux sœurs se confient à la première personne : Stína (Kristín) en 1966-67 et Marsibil, sa cadette, qui revient dix ans plus tard chez ses parents pour l'anniversaire de cette disparition. S’entremêlent alors les avancées de chacune, l’une vers le jour où son anorak tâché de sang sera retrouvé sur le bord de la route alors qu'elle reste introuvable, l'autre dans une quête permanente de la vérité qui l'entraînera dans les bas-fonds de son âme et de celle de ses proches. Ægisdóttir ne prend pas de pincettes, elle plonge dans les méandres de ses personnages, les dissèque méticuleusement pour qu'ils aillent au bout de leurs faiblesses tout en les accompagnant de son regard doux et protecteur. Se dévoilent alors des personnalités touchantes, comme celle de la mère qui lutte contre la frustration d'avoir laissé sa vie de comédienne après être tombée enceinte de Stína, celle du père qui essaie de protéger sa famille et en devient suspect ou celle de l’ami d'enfance éconduit par la sœur aînée qui s’éprend de Marsibil. L'autrice nous conduit sur des routes escarpées où rien n'est évidence, où fantômes et vivants, légendes et histoires vraies, rêves et réalité se mélangent avec subtilité. Où se trouve la frontière ?
C'est ce que se demandent Jóhanna, secouriste bénévole, et Geiri, son mari, policier, partis à la recherche de disparus dans une réserve naturelle de l’Est du pays. Dans ce roman d’Yrsa Sygurðardóttir, La Proie, froid, vent, neige, blanc à perte de vue nous plongent dans l'infini de ce décor sombre et angoissant. Le point de départ de l’enquête est une chaussure de petite fille retrouvée dans l'ancienne maison d’enfance de Kolbeinn et Hjörvar. Ce dernier, l’aîné des frères, vient d'être embauché à la station radar de Stokksnes où un autre phénomène étrange se produit : une voix d'enfant gémit dans l'interphone hors service alors qu'il n'y a personne dehors. Tout a commencé une semaine auparavant avec un groupe de cinq personnes marchant dans la neige : deux femmes et trois hommes que l'on suit dans leur parcours. La tempête s'intensifie lorsqu'ils se réfugient dans un chalet qui leur permet de survivre à la première nuit. Mais Dröfn entend la voix d’une femme, un fantôme qui semble la suivre le lendemain sur la route du glacier. Trois points de vue, deux temporalités qui s'entrecroisent pour nous conduire vers ces corps à moitié nus retrouvés près des tentes arrachées par le vent. Accident ou coup de folie ? Dans ce récit fascinant et troublant, les fantômes se battent pour que les vivants retrouvent la mémoire, ils se vengent contre l’oubli des hommes. Une mémoire qui reste enfouie pour continuer à vivre, jusqu’au jour où de petites mains invisibles et glacées se glissent sous votre pull.