Chronique La Commode aux tiroirs de couleur de Olivia Ruiz

Il y a finalement peu de différence entre écrire un roman et composer une chanson°: il faut trouver une histoire à raconter, les mots, une mélodie, un air qui capte l'attention et qui reste. Il aurait fallu tout un album pour raconter la vie de Rita. Sous la plume d'Olivia Ruiz, ces morceaux deviennent dix tiroirs à ouvrir, l'album d'une vie.

 

Cette commode était l'objet de toutes les discussions, de toutes les convoitises entre la narratrice et ses cousins lorsqu'ils rendaient visite à leur grand-mère, leur Abuela, Rita. Ses tiroirs, fermés à clef, étaient, dans leurs yeux d'enfants, des malles aux trésors inaccessibles. Puis, vint le temps des adieux, Rita rendit son dernier souffle. Et la commode est arrivée dans l'appartement de la narratrice, devenue mère à son tour d'une petite Nina. N'attendant pas que le chagrin s'estompe, elle décide d'ouvrir un à un ses tiroirs et découvre ce qu'ils contiennent°: une médaille de baptême, un carnet de poèmes, un acte de naissance, un foulard bleu, un baromètre... Toutes ces petites choses d'une vie, qu'on accumule et qu'on oublie. Ils auraient pu n'être que de « simples » objets si Rita n'y avait adjoint une lettre en forme de confession. Telle Shéhérazade dans les Mille et une nuits, elle déroule le fil d'une histoire, inconnue, celle de Rita, la petite émigrée espagnole qui a été mise dans un train par ses parents, avec ses deux sœurs, direction Narbonne pour fuir le franquisme. À leur arrivée, l'accueil qui leur est réservé est des plus hostiles, les premiers mots entendus étant°: « Espagnols de merde. Ils sont sales, ils puent ». Puis vint la découverte de leur nouvelle maison. Une sorte de petit immeuble où chaque pièce abrite des émigrés, comme elles, des couples, des familles, des personnes seules, jeunes, âgées°: une véritable « auberge espagnole ». Elles auront le gîte et le couvert contre des travaux de couture, en plus de l'école pour Rita et sa plus jeune sœur. Et très vite, Rita cherche à s'intégrer, à parler le français mieux qu'une Française, à dissimuler ses origines, son passé. Mais s'il est une chose qu'elle aura bien du mal à cacher, c'est son tempérament volcanique, sa passion à fleur de peau. Tout ce qu'elle entreprendra dans sa vie, ses choix, ses décisions, sont marqués par un instinct, une force vitale incroyable. Des amours, des déceptions, de grandes joies et de grandes douleurs, tout ce qui fait une vie et bien plus encore, se cachent dans les mots de cette lettre qui attendait dans ces tiroirs depuis de nombreuses années. Olivia Ruiz prouve dans ce premier roman son talent à nous raconter une histoire vivante, vibrante, pleine d'émotions et surtout passionnante. Chaque personnage est haut en couleur, en aspérités, en contrastes. Rita est de ces femmes qu'on aura désormais bien du mal à oublier.

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

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