Julie Uthurriborde

Comment et pourquoi êtes-vous devenue libraire ?
J’ai toujours été ce qu’on appelle une grosse lectrice, et une grande bavarde… Le commerce était une évidence pour moi et, à choisir, autant vendre ce qu’on aime. Après des études d’histoire-géographie, je me suis naturellement orientée dans une filière Métiers du livre. Ce que je voulais, c’était être sur le terrain, échanger avec les clients, les éditeurs, les représentants, et mon ancien patron m’a toujours laissé une liberté folle. Il m’a beaucoup appris mais m’a aussi laissé diriger la partie librairie dès mon arrivée dans la boutique et malgré mon peu d’expérience. Sa confiance m’a confortée dans mon choix et je me suis toujours sentie « à la maison » dans cette librairie.

Parlez-nous un peu de votre librairie et de votre équipe.
Avec mon compagnon nous avons racheté, en novembre dernier, cette librairie dans laquelle je travaillais depuis dix ans. C’est un vrai rêve pour nous deux et un réel projet de vie. Lui a été libraire puis assistant commercial au sein du Groupe Martinière-Seuil pendant 19 ans. Quant à moi, j’ai fait mon stage de fin d’études dans ce lieu et je n’en suis plus jamais partie.
Cette librairie est une véritable institution dans la rue ; elle existe depuis plus de trente ans ! Elle est plutôt généraliste avec un beau rayon papeterie fantaisie. Ce que nous aimons, c’est la déclinaison du papier et des jolis objets qui gravitent autour du papier pour créer un ensemble cohérent qui nous correspond totalement. Nous sommes assez complémentaires, l’un lisant la littérature étrangère et les polars, tandis que l’autre a une préférence pour la littérature française et la jeunesse… La bande dessinée c’est une grande passion chez tous les deux !

Racontez-nous une anecdote amusante avec un client…
Nous avons des jumelles comme clientes et, malgré mes efforts, je ne les distingue jamais. J’ai une très bonne mémoire et en général je donne les commandes aux clients sans leur demander leur nom ou l’objet de leur commande. Deux Noëls de suite, j’ai donné les commandes de l’une à l’autre, révélant leurs surprises… Nous en parlons encore aujourd’hui avec beaucoup d’humour !

Quel livre de votre bibliothèque allez-vous rouvrir en premier ?
Je suis confinée avec ma fille de trois ans, alors j’avoue que j’exhume de ma bibliothèque mes beaux albums jeunesse. Celui qu’on adore lire en ce moment, et qui est d’actualité, c’est La poudre d’escampette de Chloé Cruchaudet chez Delcourt. Nous aussi, nous nous imaginons nous fabriquer un bateau pour partir voir ailleurs et prendre la clé des champs.

Quel conseil donneriez-vous à nos lecteurs pour ces prochaines semaines un peu spéciales ?
Surtout ne pas se mettre la pression. Ce n’est pas parce qu’on dispose de plein de temps qu’on doit battre le record de livres lus. Le contexte est si particulier qu’on ne sait pas forcément vers quoi s’orienter et nous n’avons d’ailleurs pas forcément l’envie de nous plonger dans un livre. Mais c’est aussi le moment où l’on peut lire ce qu’on n’a pas le temps de lire, ou de relire. Écoutons-nous !

Une question à laquelle vous aimeriez répondre ?
« Vous qui venez de vous lancer dans la reprise d’une librairie, comment voyez-vous l’évolution de votre métier, et votre avenir ? » Je suis assez confiante pour l’avenir. Les gens sont fidèles aux commerces de quartier et je trouve d’ailleurs qu’ils y reviennent de plus en plus. Mais pour garder et entretenir cette confiance, il faut faire des choix qualitatifs et qui nous ressemblent. Il faut être honnête avant tout et essayer de vendre des titres que nous avons envie de défendre et dont nous avons envie de parler avec les clients. C’est en mettant de l’âme dans notre boutique que nous espérons faire la différence avec un site de vente en ligne ou un autre commerce.