Élodie Bonnafoux

Comment et pourquoi êtes-vous devenue libraire ?
C'était il y a 9 ans, je n'étais pas particulièrement passionnée par mon travail, mais passionnée par les livres et par la transmission. La librairie dont j'étais cliente était archi vétuste, et aussi à vendre... Un soir au détour d'une conversation j'ai dit "si seulement..." et on m'a répondu "au moins renseigne-toi". Ensuite tout est allé très vite, et à peine 6 mois après ce fameux soir je levais le rideau pour la première fois.

Parlez-nous un peu de votre librairie et de votre équipe.
Arcanes est une librairie dynamique, en mouvement perpétuel, et nous y sommes 4 en ce moment : Solenn, qui s'occupe avec moi de la littérature, qui fait tourner la boutique quand je n'y suis pas et dont les éclats de rire rythment notre quotidien ; Emma qui gère surtout la jeunesse, passionnée, perfectionniste et tellement à l'aise sur les réseaux sociaux ; et Vincent, le dernier arrivé, notre grand sage bavard, qui ferraille avec l'art et les sciences humaines.

Racontez-nous une anecdote amusante avec un client.
En plein confinement un monsieur m'appelle pour la deuxième fois pour me dire de bien garder ses livres, qu'il est désolé de ne pas pouvoir venir les chercher, qu'il n'habite pas Châteauroux pour me demander de le livrer... On discute un peu, il n'habite effectivement pas Châteauroux, mais le même village que moi, et la même rue ! Ou comment j'ai rencontré mon voisin !

Quel premier livre de votre bibliothèque avez-vous ouvert ?
J'avais emmené une bonne Pile à Lire (nos fameuses PAL), mais les premiers jours de confinement étaient assez anxiogènes et pas vraiment propices à la lecture. C'est un bon polar qui m'a tirée d'affaire : Le Goût du rouge à lèvres de ma mère de Gabrielle Massat qui vient de sortir au Masque. Une plongée sans concession dans le monde de la pègre de San Francisco, dans les pas d'un personnage franchement inattendu.

Quel serait le conseil que vous aimeriez donner à nos lecteurs pour ces prochaines semaines un peu spéciales ?
Toutes les périodes bizarres et complexes que nous vivons nous font grandir d'une manière où d'une autre, nous enrichissent. Et si ces quelques semaines hors du temps étaient aussi l'occasion de se recentrer ? de se repenser ? de cuisiner ? de courir ? de jouer au foot avec ses enfants ? de lire ? de faire de la musique ? d'en écouter? de prendre soin de soi et de ceux qu'on aime ? de rêver?... Ce qui est beau, c'est qu'il existe des livres pour nous accompagner, quelle que soit la route vers laquelle nous aspirons à nous tourner.

Une autre idée de question à laquelle vous aimeriez répondre ?
Ce n'est pas un métier un peu poussiéreux, libraire ? En fait non, c'est même plutôt l'inverse ! C'est sans doute un des métiers les plus polyvalents et dynamiques que je connaisse : à la fois intellectuel et physique, avec une saisonnalité importante, des tâches variées qui nécessitent une grande capacité à s'adapter (et vite !), des contacts humains permanents... Bref, un métier tellement vivant!