Mérédith Le Dez

Comment et pourquoi êtes-vous devenue libraire ?
C’est une longue histoire. Passionnée par les livres depuis l’enfance, j’ai suivi naturellement un cursus littéraire. Initialement j’étais professeur de lettres, puis j’ai interrompu ma carrière dans l’enseignement pour reprendre des études et passer un master Métiers du livre et de l’édition, au cours duquel, selon mon souhait, j’ai accompli mon stage d’assistante éditoriale à Cheyne éditeur, auprès de Jean-François Manier. À l’issue de cette année, j’ai prolongé mon congé sans solde, et encouragée par Yves Prié des éditions Folle Avoine, j’ai monté ma propre maison d’édition, ce qui m’a conduite à démissionner de l’Education nationale. De 2007 à 2013, j’ai ainsi bâti un catalogue de littérature et poésie principalement. Autodiffusée et autodistribuée, j’ai fréquenté au cours de mes déplacements nationaux un certain nombre de librairies. J’y ai tissé une amitié indéfectible avec certains libraires, dont, en Bretagne, Hélène Camus (Tournez la page, Combourg) et Jacques Allano (Le Pain des rêves, Saint-Brieuc). Les aléas de la vie, parfois très durs, m’ont contrainte à mettre un terme à cette activité éditoriale, la mort dans l’âme. Je me suis ensuite consacrée pleinement à la défense du livre et de la culture au sein de plusieurs associations, dont jusqu’à l’été 2018, les Escales de Binic, qui organisent le Festival de Littératures vagabondes. Parallèlement, je suis auteure (poésie et roman), publiée depuis 2008. En 2019, j’ai renoué avec l’édition en dirigeant au sein des éditions Mazette une collection de textes courts et dans le même temps, en octobre, par un concours de circonstances - mais il n’y a pas de hasard - je suis devenue libraire au Pain des rêves : la librairie était à vendre depuis quelques mois, les deux jeunes femmes qui y travaillaient ont donné leur congé, il fallait une relève. Jacques Allano et moi-même avons décidé de poursuivre l’aventure ensemble.

Parlez-nous un peu de votre librairie et de votre équipe.
Nous sommes deux actuellement : Jacques Allano a repris la gérance et j’officie à ses côtés. La librairie existe depuis plus de quarante ans. Jacques en est le cofondateur. C’est lui qui en a choisi le nom, Le Pain des rêves, emprunté au roman éponyme de Louis Guilloux, avec l’accord de ses héritiers. Personnellement, je la fréquente depuis 2007, date de mon arrivée à Saint-Brieuc. C’est une librairie de 100 m2 avec un solide fonds de littérature française et étrangère ; un rayon poésie très développé ; où, bien sûr, la philosophie et les sciences humaines sont très bien représentées. Elle doit cette exigence à Jacques, dont l’excellence des choix est reconnue. Pour résister à une succession de difficultés économiques liées à des travaux en centre-ville il y a quelques années, elle a fusionné, sous la gérance de Jean-Jacques Dumont, avec une autre librairie briochine, appartenant au réseau Siloë, ce qui explique qu’un espace important y soit également dédié aux religions. Depuis quelques années, le rayon environnement s’y est bien développé, et récemment, nous avons fait quelques changements dans l’organisation de l’espace pour mettre en avant les albums jeunesse. Nous disposons aussi d’un site internet (lepaindesreves.fr) et d’une page Facebook. Enfin, nous avons dès notre arrivée mis en place un programme de rencontres-dédicaces, animées par mes soins. Notre dernière invitée en février était Emmanuelle Favier, dont nous recommandons vivement le roman Virginia (Albin Michel, 2019).

Racontez-nous une anecdote amusante avec un client.
Me vient plutôt le souvenir d’une visite touchante d’un ancien habitué de la librairie, qui vit aujourd’hui à Strasbourg. J’étais seule la première fois qu’il est passé à la librairie. Il fait partie de ces lecteurs qui d’emblée foncent vers le rayon poésie, ce qui nous fait toujours plaisir. Il est resté un assez long moment. Il est revenu à deux reprises. Nous avons parlé, entre autres, de Heather Dohollau, poète galloise dont toute l’œuvre, remarquable, est écrite en français. Il était heureux de revenir à Saint-Brieuc en constatant que la librairie était toujours debout, fidèle à elle-même. Il avait connu Jacques des années plus tôt, quand jeune homme il fréquentait assidûment la librairie, et Jacques se souvenait très bien de lui.

Quel est le premier livre de votre bibliothèque que vous allez rouvrir?
Difficile de répondre à cette question, car j’ouvre et je rouvre des livres tous les jours ! Récemment, déçue par une nouveauté dont j’attendais beaucoup, j’ai pioché dans ma bibliothèque une lecture salutaire, un livre de chevet qui ne me quitte pas depuis des années, Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Les Belles Lettres en ont fait une édition très soignée à un prix modique (9,90€).

Quel serait le conseil que vous aimeriez donner à nos lecteurs pour ces prochaines semaines un peu spéciales ?
Peut-être, tenir un journal de lecture en confinement et le partager. Je m’y emploie chaque jour pour la page Facebook de la librairie et je relaie par mail à titre personnel auprès de ceux qui m’en font la demande. C’est une plaisante discipline.

Une autre idée de question à laquelle vous aimeriez répondre ?

« Alors, c’est vrai ? Vous êtes ouvert ? On peut revenir ? »