Anne-Sophie Rouveloux

Comment et pourquoi êtes-vous devenue libraire ?
Je suis tombée amoureuse du métier. Après ma fac de lettres, j'ai découvert une petite librairie jeunesse à Paris, qui cherchait de l'aide. J'ai fait mes armes là-bas et j'ai adoré le contact avec les clients. Pouvoir partager des impressions de lectures, faire plein de tâches différentes au fil de la journée (la réception, les retours, la caisse...), aider à l'organisation d'ateliers avec les enfants... tout ça m'a tout de suite plu.

Parlez-nous un peu de votre librairie et de votre équipe.
Je travaille dans une toute jeune librairie en banlieue Sud de Paris, L'Infinie Comédie, à Bourg-la-Reine. Elle a ouvert ses portes fin octobre. Benoît Trémolières est notre gérant et ma collègue, spécialiste jeunesse, s'appelle Anne-Sophie Dautais (on a le même prénom, ça donne des situations plutôt marrantes au quotidien). C'était chouette de participer au démarrage d'une librairie : Benoît avait tout pensé (l'emplacement, les meubles, les rayons), on l'a aidé à constituer le fonds et une semaine avant l'ouverture, on a mis en place les livres dans les bibliothèques. Vous imaginez l'aventure ?

Racontez-nous une anecdote amusante avec un client.
Pas une anecdote, plutôt une séquence émotions qui dure depuis trois mois, et qui est galvanisante. Nous avons (je n'exagère même pas) des personnes qui nous félicitent tous les jours d'être là. Ça nous porte. Nous faisons tout pour être de « bons libraires » certes, mais les habitants n'avaient plus d'endroit pour acheter leurs livres depuis de nombreuses années et ils semblent apprécier notre présence. Cela donne à réfléchir sur le rôle d'une librairie, sur ce qu'elle apporte aux gens : lien social, animations, partage...

Quel est le premier livre de votre bibliothèque que vous allez rouvrir?
Je ne veux pas rouvrir de livres, il y en a trop qui attendent d'être découverts. J'ai quand même deux doudous : C'est de l'eau de David Foster Wallace et Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman. Je leur jette un coup d’œil quand la jauge d'espoir baisse. Mais je compte bien profiter de cette période pour me plonger dans du Dostoïevski, ou lire le Ken Kesey qui prend la poussière sur mon bureau.

Quel serait le conseil que vous aimeriez donner à nos lecteurs pour ces prochaines semaines un peu spéciales ?
Faites-vous plaisir. C'est une période très dure. Évadez-vous, gardez espoir. Continuez à rêver de la manière qui vous correspond le mieux : lisez, regardez des films et des séries, écoutez de la musique, pensez à de jolies choses. La fiction est nécessaire, encore plus en ce moment.

Une autre idée de question à laquelle vous aimeriez répondre ?
« Je ne préférerais pas. » (je cite Bartleby de Melville que je viens de lire, enfin ... Et je pense à une cliente qui l'a acheté juste avant le confinement. Il me tarde de la re-croiser pour qu'on en parle ensemble).