La tempête qui vient

Deuxième volet du Second quatuor de Los Angeles, ce roman noir nous plonge dans l’après Pearl Harbor, à travers une multiplicité d’intrigues et de personnages retors. Porté par une narration toujours aussi affûtée et addictive, ce nouvel opus prouve que le Dog de L. A. n’a rien perdu de son mordant.

Par GUILLAUME CHEVALIER, Librairie Mot à mot, Fontenay-sous-Bois

Los Angeles, 30 décembre 1941. L’Empire du Japon a attaqué la base américaine de Pearl Harbor et les États-Unis sont entrés en guerre. Les Américains d’origine japonaise sont tous suspectés d’être des ennemis de l’intérieur et les rafles se multiplient à leur encontre. Les policiers de L. A. sont en ébullition et la découverte d’un corps lié à une affaire vieille d’une dizaine d’années ne va rien arranger. D’autant qu’au sein de la station de police, les rivalités et luttes de pouvoir sont de plus en plus palpables. Suite directe de son précédent roman Perfidia (Rivages noir), qui avait vu Ellroy revenir à son meilleur, La Tempête qui vient s’impose en quelques pages comme un nouveau tour de force. Toujours aussi foisonnant et riche en personnages et en intrigues, il ne faut toutefois pas être effrayé par cette apparente complexité. Ellroy a le talent de rendre parfaitement lisible et digeste une œuvre toujours plus ambitieuse. Mieux encore, il est quasiment impossible de lâcher ce roman de près de 700 pages au vrai goût de revenez-y. L’ambiance de film noir est toujours un régal et la pluie diluvienne qui s’abat sur Los Angeles durant tout le livre participe d’une atmosphère oppressante, sourde. Les habitués de James Ellroy y retrouveront son obsession pour les personnages réactionnaires et fascisants. Du policier corrompu au politicien véreux, de la star hollywoodienne aux mœurs déviantes à l’évangéliste pro-nazi, pas un protagoniste n’est exempt d’une certaine noirceur. À commencer par Dudley Smith, l’anti-héros le plus emblématique de son œuvre. Policier aussi immoral que charismatique, à l’insatiable soif de pouvoir et d’argent, il est sans conteste le plus grand méchant de l’univers d’Ellroy. As de l’intrigue et de la manipulation, il se veut le reflet obscur d’une Amérique aux apparences trompeuses. Les autres protagonistes ne sont guère plus reluisants. En effet, chez Ellroy, il n’y a pas de gentils. Il y a la ruse, les manigances, l’appât du gain, le sexe, les addictions, l’absence de morale et la violence. Ellroy peaufine son ton provocateur et volontairement incorrect, qui se veut l’expression de la mentalité dominante de l’époque. Toujours plus sombre, son œuvre ne se résume cependant pas à un tableau sinistre. Entre les lignes se dessine une virulente critique du rêve américain qui ne serait qu’une illusion, une vitrine masquant un système intrinsèquement inégal et une nature humaine faillible. Le maître américain du roman noir n’a jamais aussi bien porté son titre.

Lu et conseillé par :

  • Librairie L'infinie Comédie à Bourg-la-Reine Béatrice PUTÉGNAT
  • Établissement scolaire IUT François Rabelais à Tours Laurence BEHOCARAY
  • Librairie Livresse à Villeneuve-sur-Lot Laurence PAULIAC
  • Librairie Volte pages à Olivet Séverine AUMONT-SANZ
  • Librairie Des gens qui lisent à Sartrouville Dolly CHOUEIRI