La Couleur du temps

Fruit d’un travail à quatre mains et d’un double savoir, La Couleur du temps présente une saisissante chronologie de l’histoire mondiale, depuis 1850 jusqu’à 1960, à travers 200 photographies anciennes à l’origine en noir et blanc, qui sont ici colorisées, ravivant les visages et les faits du passé.

Par ALEXANDRA VILLON, Librairie La Madeleine, Lyon

On situe l’invention de la photographie moderne en noir et blanc en 1839 avec le daguerréotype. Si la possibilité d’une photographie en couleur arrive assez vite, elle ne sera réservée jusqu’aux années 1930 qu’à quelques expérimentateurs puis à ceux qui pouvaient se permettre un procédé cher et fastidieux. Quand elle se démocratise, ayant encore du chemin à faire avant de devenir la norme, la photographie en noir et blanc a déjà parcouru le monde, immortalisant plus d’un siècle d’Histoire. La Couleur du temps se présente avant tout comme un ouvrage d’Histoire, que le travail de Dan Jones vient nourrir à travers des commentaires légendant les photos, mais également comme un ouvrage artistique, à travers le travail de Marina Amaral, spécialisée dans la colorisation de photos anciennes. Comme il est précisé dans l’introduction, la colorisation n’aurait pu se faire sans un travail de recherche historique pointu, en amont, pour se rapprocher au plus près de la vérité historique de l’image. La colorisation est, comme celui d’historien, un travail de titan, qui doit se soucier des moindres détails, qui doit faire confiance à l’intuition et à l’expérience. Tout y est important : la lumière, le grain de la photo, les détails infimes. Le résultat est fascinant. Les chairs se parent de couleurs, de textures, d’imperfections, que le noir et blanc gommait. Les visages gagnent en réalisme, en humanité. Revoir sous cette vivante perspective les visages de Sitting Bull, de Kennedy, d’Hitler, de Churchill, les découvrir à présent encadrés dans la couleur du ciel, des arbres et de la terre est une expérience troublante. Les auteurs citent à juste titre Léonard de Vinci pour évoquer la perspective, vaste champ d’investigation pour appréhender l’espace dans les arts de la Renaissance, qui trouve ici un équivalent temporel. Pour De Vinci, plus les objets s’éloignent, plus ils rétrécissent, perdent en netteté et en couleur. L’analogie est intelligente tant elle se retrouve au niveau de la manière dont nous percevons la photographie en noir et blanc. Les images du passé, que le noir et blanc maintenait à distance, dans un temps figé et éteint, reprennent vie ici en reprenant littéralement des couleurs. La perspective change. Les objets, les hommes et les femmes nous paraissent alors beaucoup plus proches et plus réels, leur « texture » et leur réalité physique se précisent, projetant ces 200 photographies exhumées d’archives dans une nouvelle dimension : celle de la couleur, du passé rendu réel et vivant.

Lu et conseillé par :

  • Librairie La Madeleine à Lyon Alexandra VILLON
  • Librairie Les Libraires Volants à Paris Isabelle THEILLET
  • Librairie de Paris à Saint-Étienne Isabelle AUROUSSEAU-COURIOL
  • Librairie Privat à Toulouse Christine MILHÈS
  • Librairie Le Carnet à spirales à Charlieu Christèle HAMELIN
  • Librairie Gibert Joseph à Paris Florence REYRE
  • Librairie des Halles à Niort Delphine DEMOURES