La Frontière

Don Winslow extirpe Art Keller, héros de La Griffe du chien et de Cartel (Points), de la jungle guatémaltèque pour le plonger dans la jungle de la politique américaine et ainsi conclure avec une rage toute shakespearienne son incroyable trilogie sur la guerre de la drogue.

Par STANISLAS RIGOT, Librairie Lamartine, Paris

Lorsque Don Winslow avait annoncé qu’il allait publier la suite de son mythique La Griffe du chien, l’excitation (le mot était faible) de voir réapparaître Art Keller, l’agent de la DEA (administration américaine pour le contrôle des drogues) se mêla à la vive inquiétude de voir la montagne de ces dix années d’attente accoucher d’une souris. Cartel mit pourtant peu ou prou tout le monde d’accord, voire K.O., tant ce roman se révéla digne de son prédécesseur, démultipliant et l’action et les personnages le long de centaines de pages qui relevaient plus de l’opéra sanglant que du roman policier. Deux petites années à peine après ce nouveau choc – années occupées par la parution de l’excellent Corruption qu’HarperCollins publie ce mois d’octobre en poche et qui est, comme on dit aujourd’hui en bandes dessinées, un one shot – et voici que Don Winslow revient avec La Frontière, troisième volet de son pharaonique projet romanesque – encore 850 pages ! Contrairement à Cartel qui, tout en étant la suite directe de La Griffe du chien, ne reprenait l’histoire que des années plus tard, La Frontière commence avec le retour de Keller du terrible affrontement qui avait vu les chefs des Zetas et des Sinaoléens se massacrer lors d’une rencontre au sommet. Suite à la proposition qui lui est faite par un sénateur républicain, Art accepte de prendre la tête de la DEA pour poursuivre son combat contre le trafic de drogue. Il s’installe à Washington avec sa femme et découvre un autre décor, celui des lieux de pouvoir et de la diplomatie de cour. Devant l’échec de résultats probants d’une guerre au coût abyssal, il décide de changer l’approche américaine du conflit et de s’attaquer aux enjeux du territoire américain : le blanchiment et la consommation. Parallèlement au Mexique, la génération des « fils de », les Hijos, héritiers des grandes familles mafieuses, tente de s’imposer sur une scène qui a vu de nombreux leaders périr. Une fois présentés les nouveaux personnages, une fois développés les différents enjeux et les nouveaux contextes, Don Winslow renoue avec son art de la toile d’araignée et du rebondissement à fragmentation qui ne laisse aucun répit à son lecteur, victime volontaire d’un auteur décidément machiavélique.

Lu et conseillé par :

  • Librairie Des Rouairies à Dinan Bernard WIRBEL
  • Librairie Page et Plume à Limoges Sébastien LAVY
  • Librairie Masséna à Nice Romain CHIFLET
  • Librairie Sauramps Comédie à Montpellier Benjamin FRICARD