Derrière le Cirque d’hiver

Derrière le Cirque d’hiver est la promesse d’une rencontre unique en son genre. Xavier Person, dans ce brillant premier récit, nous offre un voyage intime d’une grande subtilité, où la poésie est distillée avec beaucoup de délicatesse. Une merveilleuse découverte qui laisse des traces et qui interroge.

Par CHRISTINE LECHAPT, Librairie Le Carré des Mots, Toulon

Après seulement quelques très courts chapitres, je me suis surprise à refermer ce livre et à m’interroger sur ce que je venais de lire. Est-ce que j’avais bien compris où voulait m’emmener l’auteur ? Est-ce que j’avais choisi le bon moment pour le lire ? Piquée par la curiosité, j’ai entrepris de reprendre ma lecture mais cette fois-ci, plus lentement. Et là, j’ai compris que je venais de rentrer dans un univers unique en son genre, l’intimité d’un auteur d’une grande sensibilité et extrêmement clairvoyant. Réussir ce tour de force n’est pas chose aisée et demande une très grande maîtrise de la langue, mais Xavier Person a sans nul doute un très grand talent pour cela. Au fil des pages, il nous dresse le portrait de personnages de son quotidien dont les blessures ou les tourments se révèlent par d’infimes détails, que ce soit un regard, un mot ou une attitude. Cette observation des autres le renvoie à ses propres interrogations sur son rapport au monde. On le découvre ainsi au hasard des pages dans « une sorte d’extase idiote dont [il] aurait voulu ne jamais revenir. Un rire [le] traversait de [se] découvrir un parmi les autres, n’importe qui et cependant [lui]-même ». À force de regarder les autres et de s’interroger sur ce que cela dit de lui, il en oublie presque de parler de lui, comme s’il se cachait derrière eux. Cependant, par petites touches, il nous laisse entrevoir ses blessures, que ce soit l’impossible dialogue avec son père ou bien le passé sulfureux d’un parent milicien pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce faisant, on découvre l’importante emprise qu’exerce cette funeste filiation sur sa vie : « je me suis souvent dit qu’il n’y avait pas d’histoires dans ma vie, à peu près rien à raconter. Mais n’est-ce pas plutôt que nous ne voulions pas d’histoires ? » Il entreprend donc d’enquêter sur ce parent, condamné à dix ans de travaux forcés après la guerre, comme s’il voulait laver la souillure qui entachait le nom de la famille. Cette obsession prend toute sa mesure dans sa volonté farouche de découvrir l’histoire de l’ancien occupant de son appartement, M. Maks, un juif polonais qui survécut à la guerre. Que dire également de son immense admiration pour la jeune Dora Bruder sur laquelle Patrick Modiano enquêta dans un roman éponyme. Et enfin, parce que les lieux gardent la mémoire de ceux qui les ont habités, il s’interroge sur son quartier, derrière le Cirque d’hiver, un lieu qui connut les grandes rafles durant la guerre et qui fut, plus récemment, le témoin d’attentats meurtriers. On ne peut qu’admirer la subtilité et la délicatesse avec laquelle Xavier Person se livre par touches successives, grâce à une écriture tout en finesse et d’une très grande poésie. Vous ne vous lasserez pas de lire et de relire certains passages bouleversants par leur justesse et qui, malgré leur noirceur, savent toucher le lecteur. Un premier récit remarquable, d’une très grande générosité, à découvrir absolument et qui présage du meilleur pour l’avenir.

Lu et conseillé par :

  • Librairie Le Carré des Mots à Toulon Christine LECHAPT