Les Flamboyantes

L’adolescence : ce bouillonnement d’hormones, de doutes, de questions existentielles. Parfois, on la traverse sans séquelles, sans heurts. Plus souvent, on y laisse des espoirs, des regrets, des hontes. On s’y forge, on s’y consume.

Par AURÉLIE JANSSENS, Librairie Page et Plume, Limoges

Hannah Dexter est une jeune fille des plus ordinaires. Pas suffisamment belle ou impertinente pour faire partie de la caste de celles qui font la pluie et le beau temps dans les couloirs du collège, qui sortent avec les mecs les plus en vue, qui décident qui mérite d’exister ou non. Elle n’est pas non plus affublée d’un physique suffisamment ingrat pour subir le harcèlement des autres, ne fait pas non plus partie de ceux qui se mettent volontairement à part, rebelles, anarchistes, punks ou voyous, c’est selon. Elle erre dans cet entre-deux, pétrie de doutes existentiels, observe malgré elle ce cirque de passions exacerbées, de jeux de pouvoirs, de violence insoupçonnée. Jusqu’au jour où, la nuit d’Halloween, on retrouve Craig, un adolescent populaire, mort dans un bois, un pistolet à la main. Nikki, sa petite amie et « it girl » du collège, est sublimée par ce deuil précoce. Le reste des adolescents semble se complaire dans cette tragédie. Veillées, prières, casier couvert de petits mots et de présents. Seuls quelques élèves rechignent à prendre part à ce mouvement d’affliction collective. Dont la mystérieuse Lacey. Fan de Kurt Cobain, de chemises bûcheron, volontairement en retrait de ces filles au duvet blond et à la peau légèrement hâlée qui passent leur vie à voler du maquillage au centre commercial. Le décor est posé, tout semble enfermé dans les clichés que l’on connaît. C’est sans compter le talent de Robin Wasserman à tout faire voler en éclats, à surprendre, à retourner les situations, à gratter le vernis et révéler la crasse, la violence, la cruauté de ces adolescents. Entre Virgin suicides et Thelma et Louise, avec un soupçon de Virginie Despentes ou de Bret Easton Ellis, Les Flamboyantes est à l’image de son titre, un roman qui exalte et consume.

Lu et conseillé par :

  • Librairie Page et Plume à Limoges Aurélie JANSSENS