Entretien avec CHRISTELLE DABOS

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Christelle Dabos nous offre pour cette fin d’année le quatrième et dernier tome de sa saga à succès La Passe-Miroir. Nous allons enfin connaître le dénouement des aventures d’Ophélie et Thorn. À cette occasion, l’auteure a accepté de répondre à quelques questions concernant son œuvre et son travail.

Par MÉLANIE MIGNOT, Librairie Le Grand Cercle, Éragny-sur-Oise

La Passe-Miroir est un bijou de littérature. Les aventures fantastiques d’Ophélie commencent par la décision de ses tantes de la marier à l’intendant du Pôle, un être taciturne à la réputation abominable. Ophélie quitte tout pour rejoindre ce nouveau monde où la perversité et la trahison vont bon train.Elle devra affronter les pires tourments, le tout sous l’œil réprobateur de son fiancé, Thorn, qui désapprouve ses actions sans pour autant la guider. Thorn est l’intendant, un des personnages les plus influents et occupés du Pôle. Mais l’arrivée d’Ophélie dans sa vie va le bouleverser plus qu’il ne le pensait. Les sentiments entre ces deux êtres vont se développer au fil des tomes et nous tiennent depuis en haleine, dans l’attente du dénouement.

 

PAGE — Pensiez-vous connaître un tel succès en participant, en 2012, au Concours du premier roman jeunesse lancé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama ?
Christelle Dabos — Absolument pas. Je n’avais pas l’intention de participer au concours parce que j’avais très peur d’être publiée. J’avais mis mon histoire en ligne sur le site « Plume d’argent », une étape énorme pour moi. Ce sont mes amis de « Plume d’argent », auteurs, qui m’ont parlé du concours. J’y ai donc réfléchi. J’ai attendu la veille de la clôture pour l’envoyer, en pensant qu’avec la quantité de manuscrits reçus, ils ne liraient pas le mien. Je le faisais seulement pour la symbolique du geste. Au début, c’était très dur avec la forte médiatisation de la part de Gallimard : un passage à la radio, un article dans Télérama, les prises de parole en public. Tout ce qui m’effrayait, j’ai dû le faire en une journée. Quand Gallimard m’a contactée pour m’annoncer le résultat, j’ai été traversée par une émotion extrêmement paradoxale. J’ai ressenti de la trouille, bien sûr, mais également de l’excitation, ce dont j’ai été très étonnée car je ne m’attendais pas à être contente. Je n’ai pas écrit La Passe-Miroir en pensant à un lectorat en particulier. Il est un peu anachronique, un peu désuet. En toute honnêteté, je ne pensais pas que cela plairait. J’en suis émue et en même temps, j’ai du mal à mesurer ce succès !

P. — Était-ce important pour vous de mettre en lumière un personnage féminin tel qu’Ophélie ?
C.D. — Quand Ophélie est née sous ma plume, je voulais simplement un personnage qui serait mon alter ego, une femme. Au fur et à mesure des tomes, j’ai essayé d’insérer des points de vue différents de celui d’Ophélie. J’ai été heureuse de faire ce cheminement avec elle. Elle m’a réellement aidée. Quelques mois après sa création, on m’a diagnostiqué un cancer à la mâchoire. J’ai subi une très lourde opération, une convalescence très longue. Même une fois le corps guéri, j’avais un terrible complexe face au regard des autres. Ophélie était mon reflet inversé, au sens où je suis plutôt bien charpentée à l’extérieur, mais très fragile à l’intérieur, alors qu’elle est tout le contraire : très menue en apparence et solide au-dedans. Elle m’a donné beaucoup de force pour surmonter tout cela.

P. — Qui vous a inspiré le personnage de Thorn ?
C.D. — On fait souvent le parallèle avec Marc Darcy d’Orgueil et préjugés que je ne connaissais pas au moment de la création du personnage de Thorn. Depuis j’ai regardé les adaptations et je trouve que Darcy est beaucoup plus sexy que Thorn ! Les lectrices embellissent Thorn alors que j’ai imaginé un personnage très abîmé. En revanche, certains traits du caractère de Thorn m’ont été inspirés par mon propre compagnon.

P. — Comment appréhende-t-on l’écriture de la fin d’une aventure ?
C.D. — La Passe-Miroir est une histoire qui m’a accompagnée sur un tiers de ma vie et le final a été extrêmement douloureux. J’ai enchaîné plusieurs crises d’angoisse et d’hypocondrie. En terminant l’écriture, toutes mes anciennes peurs sont remontées. Je suis également passée par des ascenseurs émotionnels. À la fin, je me suis dit : « Qui suis-je sans La Passe-Miroir ? » À partir du moment où j’ai achevé l’écriture, mes crises se sont arrêtées. De plus, La Passe-Miroir continue de vivre au-delà de moi grâce à mes lecteurs et cela me réconforte.

P. — Êtes-vous tentée par une adaptation visuelle de votre œuvre ?
C.D. — J’ai grandi avec les films d’animation. Je suis tombée amoureuse des anime de Miyazaki qui ont beaucoup influencé l’écriture de La Passe-Miroir. J’aime également le format des feuilletons qui donnent rendez-vous au lecteur. Donc pourquoi pas, mais il faut vraiment que l’esprit d’origine soit bien respecté, même s’il est normal de faire des choix lors d’une adaptation. J’ai commencé à recevoir des propositions mais rien ne se fera tant que je ne serai pas entièrement disponible pour ce projet.

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Lu et conseillé par :

  • Librairie Maison du livre à Rodez Amandine POULHÈS
  • Librairie Le Grand Cercle à Éragny-sur-Oise Mélanie MIGNOT
  • Librairie Sauramps Comédie à Montpellier Julia LAHOZ
  • Librairie Le Failler à Rennes Noëmie KORMANN
  • Librairie des Marais à Villefranche-sur-Saône Louise MOMEUX
  • Librairie La Petite Marchande d’histoires à Uzerche Mathilde BOUDINET
  • Librairie La Parenthèse à Liège (Belgique) Charline PEETERS
  • Librairie Le Matoulu à Melle Lyse MENANTEAU
  • Établissement scolaire Collège Jean Mermoz à Bois Colombes Caroline RABEL