Entretien avec LUIS SEPULVEDA

Peuple de la mer

Luis Sepúlveda revient avec une nouvelle fable animalière, Histoire d’une baleine blanche. Ce conte, pour petits et grands, nous plonge dans la genèse du célèbre Moby Dick. Toujours illustré par Joëlle Jolivet qui a répondu à quelques questions sur son travail.

Par JULIET ROMEO, Librairie La Madeleine, Lyon

Au large de l’île de Mocha, le temps s’écoule lentement pour notre héros : un cachalot blanc qui vit en communion avec les « Gens de la mer ». Les naissances, les morts, la vie, tout nous est conté. Mais viennent les bateaux et les chasseurs de baleines. La suite, nous la connaissons sous la plume d’Herman Melville. Mais pour l’instant, Luis Sepulveda nous invite à apprendre de Moby Dick. Et à voir cette histoire célèbre du point de vue de l’animal. Ce texte fort est une ode à la mer et à son peuple. Dans une époque où l’écologie prend peu à peu une place primordiale, cette nouvelle fable animalière prend tout son sens. La protection des océans est devenue un combat. Et cette lecture y participe. Luis Sepulveda met toute sa poésie et son amour des légendes au service de cette baleine blanche. Joëlle Jolivet encre magnifiquement ce récit. Et c’est une fable pour petits et grands qui en ressort, pour la plus belle des prises de conscience.

 

PAGE — Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours et de votre rencontre avec les éditions Métailié et avec Luis Sepúlveda ?
Joëlle Jolivet — J’illustre des livres, essentiellement pour la jeunesse depuis vingt-cinq ans. La plupart du temps, je crée mes propres albums ou je travaille en étroite collaboration avec l’auteur (j’ai notamment réalisé cinq albums avec Jean-Luc Fromental). Ici, c’est très différent de ma façon de travailler habituelle. J’ai illustré les textes de Luis Sepúlveda à la demande de Valérie Gautier qui s’occupe de la direction artistique des éditions Métailié. Nous nous connaissons depuis des années, j’ai réalisé pour elle de nombreuses couvertures de livres chez Flammarion puis au Seuil. Pour Le Chat et la souris, qui était le premier livre de ce qui allait devenir une série, elle ne souhaitait pas une illustration trop « jeunesse » afin que l’ouvrage puisse s’adresser à tous les publics. Elle m’a donc demandé de faire des dessins du chat, très libres, comme des croquis, l’idée étant d’en parsemer le texte, sans s’attacher à une illustration littérale, même si certains dessins se rapportent quand même à des scènes précises. Cela a beaucoup plu à Anne-Marie Métailié et je pense aussi à Luis Sepúlveda (avec qui j’ai cependant eu très peu de contacts : je ne l’ai croisé qu’une fois au salon du livre).

P. — Histoire d’une baleine blanche est la quatrième fable animalière de Sepúlveda que vous illustrez. Comment abordez-vous ce travail d’illustration et surtout comment arrivez-vous à créer un lien si fort entre le texte et les illustrations ?
J. J. — J’ai toujours aimé dessiner les animaux, on en retrouve dans presque tous mes livres. Pour les textes de Sepúlveda, je me sens totalement libre, j’essaye de trouver un style de dessin correspondant au ton du texte qui est assez différent à chaque fois, plus léger et philosophique pour l’escargot, plus sombre et tendre pour le chien. La seule contrainte est le noir et blanc, mais ça ne me dérange pas, cela me permet de me concentrer sur le trait. L’escargot m’a laissée un peu perplexe au début, je me demandais ce que j’allais pouvoir tirer de cet animal qui, s’il peut être assez graphique, n’est pour le moins pas très expressif. Finalement, je crois que c’est mon préféré ! J’ai bien sûr adoré la baleine pour laquelle je suis revenue à la linogravure qui est mon moyen d’expression habituel. Cela m’a d’autant plus touchée que j’avais précédemment illustré Moby Dick. C’était intéressant d’aborder le sujet cette fois du point de vue de la baleine.

P. — Comment décririez-vous l’univers de Luis Sepúlveda et quelle a été son influence sur votre manière d’envisager votre travail ?
J. J. — Quand j’ai illustré le premier texte, j’ignorais qu’il y en aurait d’autres. C’est devenu un rendez-vous, tous les deux ans à peu près, j’attends mon Sepúlveda. C’est une agréable récréation au milieu de mes autres projets qui sont souvent longs et compliqués.

P. — Le chien, le chat, la souris, l’escargot, la baleine. Avez-vous une préférence pour le prochain animal élu ?
J. J. — Un ours ! J’aimerais beaucoup !

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Lu et conseillé par :

  • Librairie Maupetit à Marseille Geneviève GIMENO
  • Librairie Agora à La Roche-sur-Yon Marie-Odile PERROCHEAU
  • Librairie Lectures Vagabondes à Liffré Claude CHARPENTIER
  • Librairie Aux lettres de mon moulin à Nîmes Lydie BAILLIE
  • Librairie Ellipses à Toulouse Audrey DUBREUIL
  • Librairie La Petite Marchande d’histoires à Uzerche Mathilde BOUDINET
  • Librairie Les Cyclades à Saint-Cloud Véronique FOUCHÉ
  • Librairie Le Comptoir à Santiago (Chili) Maryline NOËL
  • Librairie Volte pages à Olivet Séverine AUMONT-SANZ
  • Librairie Comme un roman à Chatou Léann PERCHEC
  • Librairie La Madeleine à Lyon Juliet ROMEO
  • Librairie M'Lire Anjou à Château-Gontier Léa BIGOT
  • Librairie Lavigne à Montbrison Sabrina LELOUTRE