Andrés Barba

Andrés Barba ouvre les portes de l’enfer quand Éros rencontre Thanatos et révèle l’insoutenable vérité des êtres. Parfois insoutenables, souvent dérangeants, des textes qui broient l’âme dans une fureur sublime.

Par LINDA POMMEREUL, Librairie Doucet, Le Mans

Andrés Barba est un jeune auteur espagnol, remarqué et unanimement salué par la critique. Peu étonnant car lire ses œuvres, c’est prendre le risque d’une véritable expérience littéraire, une plongée en apnée dans un monde fascinant et singulier. Comme une évidence, il impose un rythme au lecteur, fasciné mais éprouvé par ces histoires tragiques et cruelles. « Mon père est mort sur le coup, ma mère ensuite à l’hôpital », ainsi commence le récit dérangeant des Petites Mains, un texte court qui raconte comment Marina, à la suite du décès de ses parents, est placée dans un orphelinat avec pour seule amie une poupée et des jeux parfois dangereux. Août, octobre met en scène la violence de l’adolescence qui fait de Tomas sa victime quand la montée du désir ne peut s’assouvir que dans un acte terrible. Tel des suppliciés, les personnages de Barba sont dans l’attente, sur le fil, enchaînés, victimes de leurs pulsions, de leur désir, du sort, à la dérive dans un quotidien qui les emporte dans les profondeurs de l’obscurité. Mort d’un cheval échappe à cette trame mais explore les territoires du désir à travers la relation ambiguë entre une élève et son professeur. Des textes troublants et dérangeants dont l’intensité est accentuée par la forme brève des récits. Le style est tranchant, limpide, avec des fulgurances qui accentuent le malaise du lecteur qui, exposé aux coups, voyage sans abri dans ces territoires obscurs et cruels des pensées enfantines. Des mondes où cohabitent l’innocence, la fragilité mais surtout la violence et la haine. Des jeux interdits qui emportent Marina, Tomas dans une danse infernale, une mortelle randonnée dans les chemins creux de l’enfance. Andrés Barba expose l’enfance aux cauchemars où le plaisir naît de la souffrance et de la douleur. Vous n’en ressortirez pas indemne.