Ecrivains voyageurs Franck Médioni aux Etats-Unis...

Illustration de Franck Médioni aux Etats-Unis...

...nous raconte les coulisses de l'écriture de son roman Charlie Parker, publié le 12 février 2020 aux éditions Fayard.

À l’image, quarante ans plus tard, de celle de Jean-Michel Basquiat pour qui le jazz est « une aspiration à la totalité », l’œuvre de Charlie Parker, fulgurante, se nourrit d’influences musicales, mais aussi de la rue. Pour Parker, originaire de Kansas City (il y est né en 1920), New York est un nouveau monde. Sa nouvelle musique, le bebop, s’y accorde. Mieux que ça, elle en est l’écho éclatant, l’empreinte, le sismographe. New York convoque la grandeur, l’espace, la verticalité. Sa musique est à sa mesure, démesurée.

Parker vit au rythme de la rue. Il goûte les drogues, se perd dans la nuit new-yorkaise, dans le labyrinthe de la ville, du sexe, des bars, du jazz. Le jazz est le battement secret de New York, la musique du dialogue, de l’improvisation, de la liberté. Ces sonorités nouvelles, cette musique tissée d’improvisibilité féconde qu’est le jazz, c’est le son du Nouveau Monde, celui de l’Amérique métissée et urbaine.

 

 

« « New York convoque la grandeur, l’espace, la verticalité. Sa musique est à sa mesure, démesurée. » »

 

Grâce à la Bourse Stendhal, j’ai arpenté New York à la recherche de l’Oiseau un mois durant. À Tompkins Square, dans East Village, à l’angle de l’Avenue B et de la 10e Rue, où il a vécu dans les années 1950, qui est devenu Charlie Parker’s place en 1993. À Washington Square où, le dimanche, avec sa femme Chan, et ses enfants, il pique-niquait. Parker est nulle part et partout. À Harlem, à l’Abyssinian Baptist Church où eut lieu la cérémonie funèbre le 21 mars 1955, là où, chaque dimanche, les chants gospel s’élèvent. Il suffit de se rendre aujourd’hui au club le Smalls, dans le Village, mais aussi, en traversant la 7ème Avenue, juste en face, au Mezzrow, pour voir, à l’entrée sur la droite, une photo de Charlie Parker, sourire éclatant, qui pose comme un Saint Patron. J’ai rencontré et interviewé plusieurs musiciens, les saxophonistes Sonny Rollins, Chris Potter, Joe Lovano, Steve Coleman, Michel Portal, Lee Konitz, Thomas de Pourquery et Jerome Sabbagh, le pianiste Franck Amsallem, le bassiste Laurent David, ils le disent tous : Parker, c’est New York, c’est le jazz dans sa modernité agissante.

Le musicien Charlie Parker est extraordinaire, l’homme est imprévisible, complexe. Lorsqu’il meurt en 1955, Charlie Parker fait déjà partie de la légende. Une légende que sa mort prématurée à l’âge de 34 ans a renforcé et transformé en véritable mythe. Ce mythe Charlie Parker persiste dans une lecture romantique de l’œuvre et de la vie : l’anecdote prend souvent le pas sur l’analyse et réduit l’ampleur du geste musical en ne le renvoyant qu’au destin tragique.

Oui, la vie de Charlie Parker ne ressemble pas tout à fait à celle des autres. C’est un tourbillon de vie peu commun. Une formidable énergie vitale, un élan, une force rieuse la met en mouvement. Un tourbillon de vie et de musique. Plus qu’aucune autre peut-être, c’est une vie habitée par la musique ; il a vécu par et pour la musique. Comme tous les musiciens me direz-vous. Non, bien davantage.

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