Les Loyautés

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus sensibles que d’autres à la souffrance et la détresse muette qui les entourent ? Dans Les Loyautés, Delphine de Vigan répond à cette question en nous offrant un roman que l’on lit dans un sentiment d’urgence absolue, sur les traces d’un collégien à la dérive.

Par FRANÇOIS REYNAUD, Librairie des Cordeliers, Romans-sur-Isère

Parce qu’elle a été violentée par son propre père durant des années et parce qu’elle-même a su le cacher aux yeux de ses professeurs et de ses camarades de classe en se faisant plus transparente qu’un fantôme, Hélène, devenue professeure de français d’un collège parisien reconnaît tout de suite Théo comme « l’un des siens ». Ce qu’elle reconnaît en cet élève, c’est ce mutisme, ces yeux rouges liés au manque de sommeil et l’attitude fuyante de celui qui ne veut pas attirer l’attention. Ils sont pourtant nombreux les collégiens qui ne dorment pas assez et se font tout discret au fond de la classe dans cet établissement. En quoi le comportement de Théo serait-il plus inquiétant que celui de son camarade de banc qui offre le même visage fatigué à cause, certainement, d’une surconsommation nocturne de jeux vidéo ? Certes, l’infirmière de l’établissement a signalé cet élève comme « fragile », mais aucune suite n’a été donnée à cette affaire. C’est qu’il faut avoir un radar intime particulièrement sensible comme celui d’Hélène pour intercepter certains signaux de détresse. C’est ce que Delphine de Vigan appelle les « loyautés ». Ces « liens invisibles qui vous attachent aux autres […] des promesses, des fidélités silencieuses […] des lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps… ». C’est une attention aux autres qui ne s’apprend pas, quelque chose d’instinctif qui précède le verbe, quelque chose d’irrationnel, le pressentiment d’un précipice qui approche. Le lecteur familier de l’œuvre de Delphine de Vigan ne connaît que trop cette impression d’une écriture qui file en permanence sur un fragile chemin à flanc de falaise et résiste comme elle le peut à l’appel du gouffre. Et le gouffre dont il est question dans ce nouveau roman, c’est celui de l’ivresse alcoolique, de son bonheur quand il ressemble à l’oubli. Objet d’un divorce vraiment « pourri », Théo a trouvé dans l’alcool une façon de mettre le monde à distance. Il est tantôt l’éponge d’un père enfermé – verrous et volets – dans une dépression sans issue et le dévidoir à rancœurs d’une mère emplie de haine envers son ex-mari parti pour une autre. Il n’a pas plus d’existence à leurs yeux que celle d’un tampon coincé entre deux souffrances. Devenu expert en la manière de se procurer une bouteille de vodka ou d’autre chose, il se cache dans les couloirs du collège et, à l’abri des regards, partage le goulot avec son camarade Mathis. Il plonge alors dans un univers bienveillant, une « matière hydrophile, invisible, qui le protège » enfin. Il a 12 ans, il est alcoolique. Dès la première ligne de ce roman, le lecteur est saisi. Le tour de force de Delphine de Vigan est de nous faire ressentir l’urgence de la situation et de nous entraîner aux côtés d’Hélène dans une course contre la montre. Nous tournons les pages comme dans un sprint espérant, peut-être, prendre de vitesse l’affreux pressentiment qui se dessine au loin. Arriverons-nous à prendre la main de Théo avant que l’irréparable n’advienne ?

Lu et conseillé par :

  • Librairie Cultura à Carcassonne Betty TROUILLET
  • Librairie Alpha Bureau à Monistrol Yann LERAY
  • Librairie Le Coin des livres à Davézieux Françoise GAUCHER
  • Librairie Points communs à Villejuif Véronique BAGARRY
  • Librairie Gutenberg à Issy-les-Moulineaux Isabelle LASNE
  • Librairie Au temps des livres à Sully-sur-Loire Aurélie BOUHOURS
  • Librairie Entre les lignes à Creil Claire LESOBRE
  • Librairie Lire en Majuscule à Sarlat-la-Canéda Jean-Luc AUBARBIER
  • Librairie Le Porte-plume à Saint-Malo Patricia MÉRIAIS-MARTIN
  • Librairie Vauban à Maubeuge Faustine LORIDAN
  • Librairie Aux lettres de mon moulin à Nîmes Lydie BAILLIE
  • Librairie Le Pain des rêves à Saint-Brieuc Magali MOHAMED
  • Librairie Mots en marge à La Garenne-Colombes Nathalie IRIS
  • Librairie Le Passeur de l'Isle à L'Isle-sur-la-Sorgue Maria FERRAGU
  • Librairie Maison de la presse à Haguenau Nadine LEIMACHER
  • Librairie M'Lire Anjou à Château-Gontier Christophe AIMÉ
  • Librairie Le livre et la tortue à Issy-les-Moulineaux Sasha LE PAIH
  • Librairie Les Cyclades à Saint-Cloud Béatrice PUTÉGNAT
  • Librairie Quai des mots à Épinal Marina SAUVAGE
  • Librairie La Buissonnière à Yvetot Manuel HIRBEC
  • Librairie ParChemins à Saint-Florent-le-Vieil Michèle GERMAIN
  • Librairie La Mude à Bessines Céline CHAMBON
  • Librairie Alfabulle à Melesse Alexandra REINFRAY
  • Librairie Les Cyclades à Saint-Cloud Honorine COUBARD
  • Librairie La Petite Marchande d’histoires à Uzerche Mathilde BOUDINET
  • Librairie Maison du livre à Rodez Jean-Marc LECROC
  • Librairie Gibert Jeune à Paris Béatrice LEROUX
  • Librairie Maupetit à Marseille Geneviève GIMENO
  • Librairie Page 5 à Bruz Frédéric LEPLAT
  • Bibliothèque/Médiathèque CBPT à Nantes Agathe GRANDJOUAN
  • Librairie Fontaine Victor Hugo à Paris Eva HALGAND
  • Librairie Café à Crécy la Chapelle Céline FERRÉ
  • Librairie Les Mots voyageurs à Quimperlé Karine CLUGERY
  • Bibliothèque/Médiathèque de Sarrebourg à Sarrebourg Yolande BASTIAN
  • Librairie Contact à Angers Marie-Paule BONNAUD
  • Librairie Entre les lignes à Chantilly Anne LESOBRE
  • Librairie Publicisdrugstore à Paris Christelle SIMÉON
  • Librairie Le Carré des Mots à Toulon Christine LECHAPT
  • Librairie La Librairie du Poussin à Itteville Delphine SAINTEMARIE
  • Librairie Mots et images à Guingamp Céline VIGNON
  • Librairie L'Oiseau-lire à Vise (Belgique) Isabelle DIGAILLIEZ
  • Librairie La cabane à lire à Bruz Valérie FÈVRE
  • Librairie Sauramps à Montpellier Muriel BALAY
  • Librairie L'Étagère à Saint-Malo (Paramé) Brice VAUTHIER