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Dossier
Sous les révolutions, la page
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Entretien
Séisme créatif
29-09-2011
La société renie la vie
Les éditions Camino Verde inaugurent une collection de seuls en scène « à lire et écouter ». Sont ainsi glissés dans un coffret cartonné un livret reproduisant le texte du spectacle et un enregistrement audio de la performance. La Vie va où ?… de Michèle Guigon, créé à l’automne 2010 au Rond-Point, en constitue le premier volume. À la manière d’une conteuse, évoquant avec espièglerie et lucidité les moments clés – et universels – de son existence, Michèle Guigon nous interroge sur le sens réel de la vie, sur ce qu’elle voudrait nous apprendre mais dont la société nous détourne : « Grandir, vieillir, c’est toujours apprendre à perdre quelque chose. Pourquoi est-on plus intelligent quand on apprend que quand on sait ? La vie veut nous rendre intelligents et la société nous propose des piqûres de Botox dans le troisième œil ! Faites votre choix ! » Le temps et les modifications qu’il soumet à l’organisme – incompatibles avec les critères de gestion des ressources humaines – sont au centre des préoccupations de ce monologue : « Le temps est un sculpteur qui se met tous les jours à l’ouvrage. À 5 ans, on perd ses dents de lait ; à 15 ans, son innocence ; à 20 ans, son temps ; à 30, son humilité – car c’est l’âge où on est en équilibre entre “si jeunesse savait” et “si vieillesse pouvait” ; à 40, on finit de perdre ses illusions ; à 50, on perd sa taille ; à 60, ses dents – de façon définitive cette fois ; à 70, ses amis ; et à 80, sa hauteur. Ce n’est pas pratique de vieillir dans cette société. C’est comme la maladie, car on n’est plus très rentable, pas assez efficace. » Le propos fait alors mouche, dérange, souligne implacablement le cloisonnement érigé par la société néolibérale entre les générations, et le refus de la prise en charge psychologique de la maladie, terreur des bien portants. Pourtant, comme le souligne l’auteur, la maladie apprend à accepter la mort comme étape de l’existence, finalement moins effrayante que la société du Botox, la vie ayant tellement plus d’imagination que l’homme…
Alain Bugnard
Michèle Guigon, La Vie va où ?...,
Camino Verde, 52 p. + 1 CD.